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Partie 1 : La Conversion

Dès 1960, avec l’installation dans mon nouveau cabinet, 4 cours de la Libération, je cherchais à perfectionner, à parfaire mes connaissances en homéopathie. Je me rendais compte que ma science était un peu légère et limitée seulement à des lectures de livres, bien froids, sans vie et impersonnels. Il y avait bien quelques confrères à Grenoble pratiquant l’homéopathie ou l’acupuncture, mais ils ne m’étaient pas connus personnellement. Il n’y avait pas, non plus, une école d’homéopathie, un enseignement suivi.

Parmi les confrères installés à Grenoble, j’avais retrouvé un des anciens chefs de clinique de Paris de haute valeur. Le Professeur Jean-Charles Reymond, agrégé à 38 ans, il était l’un des chirurgiens les plus renommés de la ville. Jean-Charles Reymond était de la promotion de gens comme Postel, Méhary, Ramadier qui sont tous devenus des brillantes sommités. Jean-Charles Reymond avait participé à l’élaboration du premier appareil de dialyse péritonéale avec le Docteur P.Tanret. J’avais connu cette équipe de spécialistes du rein qui se réunissait souvent à L’Hôpital Broussais autour du Patron Pasteur Valéry Radot, petit neveu du Grand Pasteur. Brillantes personnalités, comportant, entre autres, les Professeurs, Hamburger, Milliez, Domart, Israël ou Halpern. Tout naturellement, Jean-Charles Reymond devint mon chirurgien correspondant à Grenoble. Ainsi se lia, entre nous une amitié solide de plus de quarante ans. Par la suite, Jean-Charles Reymond, chirurgien, Universitaire de l’Ecole Classique n’hésitât pas à rédiger la Préface du premier Répertoire homéopathique de Kent en français, d’un illustre inconnu, Georges Broussalian…
Mais, n’anticipons pas, je suis là, encore, jeune médecin débutant à la recherche d’homéopathes anciens, sérieux, expérimentés ou, mieux, d’une école pour pouvoir suivre un enseignement valable et formateur. Dans ce but, je demandais naturellement au Docteur Jean-Charles Reymond de m’adresser au médecin homéopathe le plus valable, le plus compétant de la ville, à son avis. Il m’indiquât le Docteur Georges Thouret, ancien parisien, homéopathe confirmé ayant publié une des premières biographies de Samuel Hahnemann.

Georges Thouret pratiquait déjà l’homéopathie depuis plus de trente ans. Il avait une clientèle confidentielle et ciblée. Une de ses patiente et amie, Madame la Comtesse De La Tullaye me dit un jour qu’on entrait chez lui comme dans un confessionnal, furtivement, à pas feutrés et à voix basse. Le Docteur Georges Thouret me reçut très aimablement. Personnage strict, très digne, soigneusement habillé, mince, peu souriant, sévère, d’emblée sérieux, il me paraissait un peu introverti. Avec ses remèdes homéopathiques, il pratiquait des psychothérapies suivant la méthode de Robert Desoille. La Sophrologie n’existait pas encore, il s’agissait d’un «Rêve Eveillé Dirigé». Le docteur Thouret me dit qu’il utilisait surtout dans sa pratique un Répertoire en anglais pour le psychisme, d’un certain Docteur américain, Kent. Il me désignât sur son bureau un épais et volumineux ouvrage, sa «Bible» comme il me dit. Il m’adressa au Docteur Pierre Schmidt de Genève, m’affirmant que «C’est la personne qui connait le mieux ce Répertoire». Un enseignement suivi se tenait aussi à Lyon «Le groupement Hahnemannien de Lyon, animé par le Docteur Pierre Schmidt». Réunion chez le Docteur Paul Nogier, Rue Paul Lintier. Des médecins de Grenoble, dont le pédiatre Robert Bourgarit assistaient à ces cours me précisa encore Georges Thouret.

Accompagné la première fois du Docteur Bourgarit, j’allais à Lyon pour assister aux cours du Docteur Pierre Schmidt. Je m’intéressais immédiatement à cet enseignement, je le trouvais passionnant. Je poursuivis effectivement durant cinq ans et très régulièrement de 1960 à 1965 cette formation uniciste.

Nous nous réunissions, Place Bellecour, dans le vaste appartement du Docteur Paul Nogier, auriculothérapeute et homéopathe. Nous étions toujours au moins quarante médecins. Assis en rangs serrés sur des chaises individuelles, nous étions des auditeurs attentifs. Une estrade rehaussait la situation privilégiée du conférencier. A son pied, un immense magnétophone de l’époque, sous la responsabilité unique du Docteur Jacques Baur, gravait les moindres paroles du Maître, pour l’Eternité.

Pierre Schmidt arrivait de Genève en Bentley, avec un chauffeur particulier. Les élèves affluaient de toute la France. Un original, haut en couleurs, le Docteur Pierre Richant venait de Paris à bord d’une rutilante et pétaradante Triumph Sport Décapotable. D’autres médecins parisiens, comme Bergeret, Lernout, Max Tétau assistaient souvent aux cours. C’est dire la renommée Internationale incontestée du Docteur Pierre Schmidt. Parmi les médecins locaux, outre le Docteur Paul Nogier, notre hôte, je citerai les trois plus importants dont je me souviens encore très bien. D’abord, Madame le docteur Andrée Pelletier, élève préférée du Maître, un peu son égérie, ancienne interne de l’hôpital psychiatrique du Vinatier. Le Docteur Monod de Roanne, chargé de la «Commission Officielle de Traduction du Répertoire ». Enfin, le plus érudit d’entre nous, qui pouvait discuter presque d’égal à égal avec le Maître, le Docteur René Casez d’Annecy.

Pierre Schmidt dès son arrivée dans la salle était salué par de vifs applaudissements. Aussitôt installé, devant son pupitre, il ouvrait une petite mallette et commençait à en extraire une série de flacons de remèdes (globules secs) homéopathiques. A chaque cours, au début à mon grand étonnement, un petit commerce mercantile s’établissait ainsi. Appelé par leurs noms, chacun à leur tour, les confrères s’approchaient et repartaient avec leurs biens commandés, après en avoir réglé le montant au centime près. J’ai acheté et j’ai encore de ces flacons qui me servent toujours. Ces remèdes provenaient du Laboratoire d’Homéopathie de Madame Schmidt-Nagel, pharmacienne, ex-épouse divorcée du Maître.

La personnalité du Docteur Schmidt était fascinante, attachante. De petite taille au visage souriant, le regard vif, les yeux perçants, toujours à l’affut. Il se dégageait de lui une étrange affinité attirante, une élégance naturelle. Il avait un côté mystique, mystérieux, un peu ésotérique, un peu magique, très teinté d’orientalisme. Les cours se terminaient toujours par la lecture de «Cinq Pensées Orientales» recherchées et sélectionnées par lui. Plusieurs de ses doigts étaient ornés de bagues aux pierres symboliques de couleurs variées ou de figurines énigmatiques. Souvent sur sa cravate plutôt voyante, était épinglé un bijou emblématique d’une religion extrême orientale. Pierre Schmidt, pour se ressourcer, se rendait aux Indes dans un Ashram où il suivait l’enseignement d’un Gourou, de la caste Brahmane, la plus élevée.

Pierre Schmidt était un grand Patron. Sa voix était ferme, prenante, ses expressions, ses phrases justes, précises. Son cours était clair, bien travaillé et très intéressant. Il trouvait toujours des anecdotes ou des exemples amusants, pleins d’esprit, captivants et parfois narquois ou ironiques. Son enseignement était d’une classe supérieure. Pour chaque remède il en donnait les signes principaux et le diagnostic différentiel pour le séparer impérativement d’un autre. Le choix du remède unique ne souffrait aucune discussion.

Des cas cliniques étaient présentés et étudiés avec le Répertoire de Kent.
La pratique et l’étude du Répertoire représentaient une véritable et invariable institution. Le Maître annonçait d’une haute voix, la page exacte où se trouvait le symptôme recherché. Alors, dans la salle tous les livres, en chœur, dans un ensemble immuable, comme une mécanique préréglée, dans un froissement de papiers se tournaient à l’endroit indiqué.

Pierre Schmidt avait une connaissance extraordinaire du Répertoire en anglais. Je peux affirmer qu’il savait, presque par cœur tout le contenu du Répertoire. Il aimait nous sortir des rubriques étranges de quelques remèdes, inusités, insolites, dans l’espoir de les observer un jour chez un de nos patients.

Les observations étaient disséquées, approfondies avec élaboration de grands tableaux chiffrant les remèdes dans chaque symptôme. «Il nous enseignait de prendre le minimum de symptômes à valeur maximum».
Dans ses interrogatoires longs, prolongés, il accordait une grande valeur à l’idée de mort ou aux pensées de suicide.
Tout ce travail d’observations, de répertorisation nous occupait tout le Samedi. Le Dimanche matin était consacré à la lecture et à la discussion de « Science et Art de l’Homéopathie » de Kent. Nous possédions tous la traduction de notre Maître de cet ouvrage princeps de Kent et ses commentaires sur la cinquième édition de l’Organon.
A midi, le Dimanche, nous nous séparions après une quête traditionnelle comme à l’Eglise, pour payer les frais de déplacements de notre inestimable Enseignant, le docteur Pierre Schmidt.

Ainsi par l’Enseignement suivi pendant cinq ans auprès de mon Maître Pierre Schmidt, j’avais réalisé ma conversion définitive à l’homéopathie.
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