#37417
Partie 4 : Visite au Dr Schmidt et Désillusion

…….Ma lettre envoyée au Docteur Pierre Schmidt à la fin décembre 1964, j’en attendais impatiemment la réponse.
……Espérant tout d’abord que le Maître prenne en considération et apprécie mon important travail, à sa juste valeur. Souhaitant également prendre part à la «Commission Officielle de Traduction du Répertoire». Désirant encore, en simple pratique, les réponses aux dix rubriques non résolues dans mon ouvrage. En fait, pour moi, dans mon esprit ingénu et nourri de rêves, je souhaitais d’abord très logiquement une correction de mon travail par mon Maître et ses élèves les plus compétents. Ensuite, J’espérais une publication du Répertoire avec une Préface de mon Patron Pierre Schmidt. Que de déconvenues me guettaient !
…...Je reçus, enfin, la lettre tant attendue du Patron datée du 5 Janvier 1965. (Photocopie ci jointe). Réponse mitigée et même déjà en grande partie décevante pour moi.
…….Pour les dix points soulevés et irrésolus, il écrit : « les questions que vous posez sont d’une si grande importance pour tous ceux qui répertorisent, que j’en ferai l’objet d’une communication à la prochaine réunion du Groupe Lyonnais, les 23 et 24 Janvier 1965, car il y a encore des subtilités à celles que vous avez déjà signalées et qui demandent à être bien différenciées».
.…..Pierre Schmidt souhaitait aussi recevoir l’original ou copie des Alternances «Et de vos symptômes subjectifs et objectifs». Il ne parlait pas du Répertoire qui avait été traduit dans sa totalité. Répertoire complètement remanié, refondu, en classant et séparant les symptômes subjectifs, objectifs et lésionnels. Il omettait tout simplement de parler de l’entière Traduction du Répertoire. Il faisait la sourde oreille ou, mieux, il ne voulait pas comprendre. Pas question de revoir, compléter ou corriger ma traduction, il l’oubliait, il l’ignorait tout simplement. Ce fut une grande désillusion pour moi. Mon travail passait à la trappe, aux oubliettes. Mes rêves innocents et insensés se butaient contre une évidente réalité de déni et d’ignorance.
.…..Mes soupçons se vérifièrent fortement lorsque je me rendis, comme indiqué par le patron, à « la prochaine réunion du Groupe Lyonnais, les 23 et 24 Janvier 1965 ». A cette date, à Lyon, Pierre Schmidt répondit à «Une question posée par l’un d’entre vous». Les neuves autres questions étaient omises tout simplement, elles passèrent aussi sous la trappe. Pas un mot de Georges Broussalian, un parfait inconnu « d’entre nous ». Pas un mot non plus de toute ma Traduction, ni de notre échange de courrier. Naïf, innocent, mes songes insensés de me voir accéder à la «Commission Officielle de Traduction du Répertoire» après cinq ans de labeur opiniâtre s’évanouissaient brutalement. Mon enthousiasme se butait contre un mur.
.…..En conclusion, Monsieur le Docteur Pierre Schmidt m’ignorait totalement, et ma personne, et mon travail. A l’évidence je n’étais à ses yeux que quantité négligeable. Il me recadrait tout simplement à ma juste place, c'est-à-dire au néant, je n’étais rien à ses yeux.
.….. Je ne m’en doutais pas alors, mais le point plus important de cet échange de lettres superficielles se révéla d’une manière stupéfiante et inattendue, très importante, par la suite des événements…
……En effet, la lettre du cinq janvier 1965 constituait la preuve formelle, directe, flagrante et absolue que le Docteur Schmidt avait pris connaissance de ma Traduction. Il était dûment averti de mon travail solitaire. Dans son violent déni ultérieur, pour me nuire et me calomnier tout simplement, le Docteur Pierre Schmidt prétendit outrageusement n’avoir jamais été avisé de ma Traduction.
……Heureusement j’avais gardé ce précieux document avec sa signature manuscrite «Dr. P. Schmidt». Nous reviendrons plus tard sur cette question de déni, de médisances, d’accusations mensongères, de calomnies tout simplement, lors de la parution du Répertoire.
…….Dans sa lettre, sans doute pour atténuer ma grande déconvenue, Pierre Schmidt avançait très aimablement que je serai le bienvenu, si je désirais passer quelques jours à Genève. Saisissant l’invitation au bond, Je décidais de porter moi-même, chez lui, en plaidant ma cause, lui remettre en mains propres, les Alternances comme il le souhaitait. Bien sûr je porterais également par devers moi quelques dizaines de Bristol de la Traduction du Répertoire.
…….Rendez vous fut pris et je me rendis fin Février 1965 à Genève, accompagné de mon épouse Madeleine, pourtant enceinte de six mois de notre fils cadet Henri. Une charmante personne d’apparence souple et d’allure indienne nous accueillit et nous introduisit discrètement dans une salle d’attente aux dimensions toutes moyennes, à la sobre et discrète élégance. Tout un pan de mur entier était couvert du plafond jusqu’au sol, d’une immense bibliothèque avec des livres en français, allemand et anglais. Mais, surtout, attirant l’attention, contre la porte d’entrée, de haut en bas, occupant toute la hauteur de la pièce, s’affichaient trois grands portraits. Au sommet, Samuel Hahnemann, au milieu James Tyler Kent et en dessous Pierre Schmidt. La messe était dite, la filiation évidente était proclamée, sans commentaire!
…….Déjà trois consultants arrivés avant nous, attendaient manifestement leur tour dans ce salon d’attente. Le patron vint bientôt chercher, avant nous, successivement les trois personnes. Les consultations, à mon grand étonnement, durèrent dix à quinze minutes à peine chacune! J’appris plus tard, à mon grand ahurissement, que le Docteur Schmidt pratiquait couramment l’iridologie ! Nous étions loin des consultations prolongées, des trente pages d’interrogatoire de Kent. Pour moi qui me sentais coupable de gagner ma vie en pratiquant beaucoup d’acupuncture, cet exercice de l’iridologie par le Patron fut, à la fois, une grande surprise et une grande déception.
……Notre visite auprès du Docteur Schmidt fut courtoise, mais brève. Il ne fût plus question de passer plusieurs jours à Genève comme il le suggérait dans sa lettre de Janvier 1965. Cependant, je lui remis tout de même les vingt Bristol cartons d’Alternances du Kent. Il s’engageât d’ailleurs à me les rendre à la «Prochaine Réunion du Groupe Lyonnais ». Mais aucune attention particulière pour les quelques Bristol, spécimens de la traduction du Répertoire que j’exhibais pourtant avec force et insistance sous son nez. Devant son manque d’intérêt, son indifférence pour ce travail, mon juvénile et vain enthousiasme retombât rapidement comme un soufflé raté…
……Pas la moindre allusion non plus à la « Commission Officielle de Traduction du Répertoire ». Manifestement mon Patron voulait ignorer ou passer sous silence l’aboutissement de cinq années de mon travail acharné et solitaire.
……Nous raccompagnant après cette courte et polie visite, le Maître nous désignât, au passage dans un angle du cabinet, une antique et curieuse machine automatique à préparer les dilutions Korsakoviennes.
……Nous quittâmes Genève, mari et femme silencieux, penauds, désappointés et surtout très désenchanté, découragé pour moi. Nous étions tous les deux très tristes sur le chemin du retour. J’étais très peiné de voir que tout mon travail n’avait abouti à rien. Tant d’heures de besogne, de sacrifices pour se terminer dans une impasse. La non reconnaissance et l’indifférence manifeste de mon Maître me touchait au cœur..
……Mais aujourd’hui, par contre, je suis heureux et content du désir de mon fils Edouard de m’obliger à consigner par écrit tout ce difficile passé. Je me suis vu astreint de revivre, de me remémorer ces mauvais moments d’échec, de déception finale suivant mon exaltation et la ferveur insensée de mes débuts. Tous ces souvenirs relatés à travers toutes ces pages nous permettent de voir réapparaître au grand jour ces événements inconnus d’Edouard. Ils se déroulèrent quand il venait d’avoir tous justes trois ans. Evidemment il ne pouvait rien en savoir. Ce sont, en quelques sortes ces épisodes difficiles, délicats où la chaleur et la compassion familiale m’ont aidé, redonné l’espoir et permis de reprendre la lutte.
……Mon épouse adorable, avec son soutien fidèle et indéfectible, le long de la route, me dit soudain qu’il serait dommage qu’une telle « masse » de connaissance et de travail finisse dans l’oubli. Oui, c’est vrai, elle avait raison, c’était une «véritable masse» au sens propre! Une valise entière !!
……(Tous ces Bristol individuels de petits collages pour chaque rubrique se tenaient dans une énorme valise qui pesait plus de vingt kilos. Je n’avais porté au Maître que vingt rubriques environ).
……Madeleine, dans toute sa finesse et son intuition féminines n’avait pas tellement apprécié la personne du Maître et encore moins notre visite. C’était pourtant la première fois qu’elle le voyait! Rompant à nouveau notre silencieux voyage de retour, elle me suggérât tout à coup : «Georges, pourquoi ne trouverais tu pas, toi, un éditeur à Grenoble, pour publier cette « masse » de papiers? Nous y avons beaucoup d’amis qui nous aideraient volontiers». Pour elle, en effet, mon Répertoire n’était qu’un simple monceau de cartons Bristol. Mais sa proposition, sa suggestion inédite et audacieuse allait rallumer ma foi, renouveler mon ardeur, redoubler ma combativité.
…….Mon épouse a toujours été la première à m’accorder sa confiance constante et indéfectible pour la valeur de mon travail. Mécontente de notre entrevue avec le Docteur Pierre Schmidt, elle me transmit la courageuse ambition de publier nous -même le Répertoire.
…….Devant l’ampleur, les conséquences de cette aventureuse idée d’Edition, ma première réaction fut un refus. J’étais des plus hésitant. Je ne connaissais rien ni de l’Imprimerie, ni de l’Edition. Ce monde m’était totalement inconnu.
…….Mais Madeleine m’avait insufflé un nouveau virus, qui allait germer et me conduire à me lancer à corps perdu dans une nouvelle aventure.
……Bien sûr, l’édition du Répertoire allait être une entreprise hasardeuse, sans certitude de réalisation, ni de succès au bout. Je vous raconterais cette véritable épopée si je ne vous ai pas trop ennuyé jusqu’à maintenant.
……Donc nous aborderons la prochaine fois : «L’Edition du Répertoire (10)».
……. Et voici ci dessous la lettre du Docteur Pierre Schmidt daté du 5 Janvier 1965 :

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#37419
Cet épisode aurait pu s'appeler : mise en exergue de l'égo et la fatuité de M. Pierre Schmidt
Je suis heureuse que vous n'ayez pas renoncé.

S'il vous plait, ne nous laissez pas trop longtemps ce goût d'amertume. On attend la suite !
#37420
Je pense que l'impact de tout cela directement sur moi a été de m'encourager à trouver tout le temps des solutions par moi même plutot que de dépendre de qui que ce soit.
Je m'explique mieux aussi mon intolérance envers les manifestations égotiques comme on les rencontre trop souvent dans notre profession et dans notre spécialité.
Bravo pour avoir osé tout déballer. Merci pour ce récit qui permet de compléter mes propres souvenirs.
#37422
Ohhhhhhh comme ce récit vous oblige à ressasser ces tristes souvenirs...... mais ô combien il se montre formateur pour votre entourage (dont votre fils Edouard) et pour nous tous.
Merci à Vous pour ce partage douloureux, Merci Madeleine pour sa confiance en vous, pour le courage qu'elle vous a redonné, pour sa ténacité !

PS : Georges, vous êtes passionnant ! Please, continuez ce récit !!!!
#55240
Docteur Broussalian, c'est un réel plaisir de lire vos récits ... et de plonger ainsi dans l'histoire de l'homéopathie, j'espère qu'il y aura encore beaucoup de chapitres à suivre.

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