#39909
La Parution du Répertoire


……Je suis heureux de porter à votre connaissance ces faits décisifs de ma vie mouvementée qui seraient oubliés à jamais si Edouard ne m’avait pas demandé de relater toutes ces anciennes péripéties. En 1966, Edouard avait quatre ans et demi à peine et Henri seulement un peu plus d’un an. Voila pourquoi j’ai d’abord soumis, en primeur, cet épisode à la lecture de mon fils Edouard. Ces faits lui sont peu connus évidemment et je désirais les porter à sa connaissance avant tout le monde.
……Nous sommes arrivés travaillant tous fébrilement, d’arrache pied, avec toute l’équipe imprimeur, relieur, transporteur, à boucler la parution du Répertoire pour le début Septembre 1966.
…….A cet égard, je dois signaler et remercier le linotypiste Henri Mesquida pour son dévouement et son ancienne amitié de patient fidèle et reconnaissant. Henri Mesquida a travaillé pendant toutes ses vacances 1966 pour livrer à temps les lignes de plomb pour l’Imprimerie Clerc de Fontaine près de Grenoble. J’ai aussi passé toutes mes vacances à la correction des épreuves, des mises en page, des titres etc...
……Pour aider à la diffusion de l’ouvrage je ne disposais d’aucun canal, ni aucune publicité. Je n’avais, bien sûr, trouvé aucun Editeur acceptant de publier un livre qui ne pouvait atteindre qu’une diffusion restreinte, sinon confidentielle. Le Patron, Pierre Schmidt, écrivain prolixe avait comme Editeur, l’Imprimerie Maisonneuve à Moulins Lès Metz en Lorraine. Etablissement illustre, éditeur, entre autres, du Codex Pharmacorum, d’ouvrages divers de Médecine et de Partitions Musicales de Grand Luxe. Illustre inconnu, de mon côté, je n’avais aucune chance auprès d’Editeurs aussi prestigieux.
……Prenant mon courage à deux mains, au début Mai 1966, affrontant les critiques possibles, dès l’impression des premières pages du Répertoire en français, j’en adressais quelques spécimens s à des confrères homéopathes très connus, dont Paul Nogier, Andrée Pelletier, René Casez, Robert Séror, Jacques Hui Bon Hoa et des parisiens, dont O.Jullian, Roland Sananès et Max Tétau entre autres. En retour, je reçus une seule réponse, simplement une gentille lettre d’encouragement de la part du docteur Robert Séror d’Oloron Sainte Marie. Ce dernier, par la suite des événements, allait retourner sa veste, se ranger aux côtés du bloc monolithique de Pierre Schmidt et me dénigrer allégrement.
……Recevant si peu de soutiens et d’une manière inattendue, en plein travail, nous fûmes soudain assaillis et surpris par un déversement d’horreur, d’accusations et de mensonges. Un matin de très bonne heure, un coup de fil incendiaire, véhément et rageur…
……Au téléphone, le Docteur Paul Nogier de Lyon, en grande colère, criant à haute et forte voix :
……« Comment, Monsieur Broussalian, osez vous publier un Répertoire dans le dos du Docteur Schmidt, après avoir bénéficié de son enseignement à Lyon et de plus chez moi ! Votre conduite est odieuse, scandaleuse, ignoble». Je passe encore le flot des mots plus désagréables et plus insultants que d’autres. Elevant, enfin, moi-même la voix, haussant le ton à mon tour, j’arrivais difficilement à placer quelques mots, face à l’ire explosive et débordante du Docteur Nogier. Je lui fis entendre avec grand peine que j’avais averti mon Maître en temps voulu. «Monsieur Nogier, dis-je, j’ai un échange de correspondance avertissant le Docteur Schmidt et datant de Décembre 1964, il y a plus de dix sept mois à votre disposition». Sur le moment, Paul Nogier ne me crut pas et il m’accusât même de mensonges, pas moins! Excédé par tant de méchancetés, de haine, de contrevérités honteuses et traité de menteur en surcroît, je lui raccrochais au nez.
……J’étais sûr de moi, de mon bon droit. Jamais je n’aurais agi à l’insu de mon Maître, c’est une simple question de correction, d’honneur et d’honnêteté. J’avais gardé heureusement par devers moi, la lettre de mon Maître du 5 Janvier 1965. Témoignage précieux et preuve irréfutable que le Patron avait été averti dès la fin de mon travail, il y a plus de dix huit mois.
……Néanmoins j’étais peiné d’avoir été ainsi maltraité par un confrère aîné pour lequel j’avais par ailleurs une très grande estime, reconnaissance et respect. Généreusement, le docteur Paul Nogier mettait son appartement de Lyon à notre disposition pour écouter le Maître. De plus, ses études et sa découverte de l’auriculothérapie étaient proches de ma pratique de l’acupuncture.
……Puis, brutal coup de théâtre, un retournement inattendu de la situation, quarante huit heures seulement après ces injures téléphoniques imméritées.
……Un nouveau coup de fil, mais charmant cette fois, d’une voix enchanteresse, méconnaissable, pleine de douceur et délicatesse du docteur Paul Nogier :
……« Bonjour, cher Monsieur Broussalian, le docteur Schmidt a effectivement retrouvé votre correspondance. Il l’avait certainement oublié par suite de son grand âge. Mais il a saisi l’importance de votre travail. Dans ce but, il a immédiatement contacté son Editeur Maisonneuve, pour vous rendre visite dans les prochains jours. Son Editeur a reçu mandat pour traiter directement avec vous. Cessez immédiatement toute parution, le Docteur Schmidt veut réparer cette carence involontaire ».
……Cette fois, je n’en croyais pas mes oreilles. Auteur débutant, inconnu, je n’avais trouvé aucun éditeur et voila que Maisonneuve viendrait se présenter à mes pieds !
……Trois jours après, un fleuriste livra au nom de Madame Madeleine Broussalian, plusieurs magnifiques bouquets de fleurs aux couleurs vives de rares plantes exotiques. Ces présents accompagnés de la carte de visite du Directeur des Editions Maisonneuve, dont j’ai oublié le nom. Le cabinet était inondé, couvert de gerbes, de fleurs resplendissantes et multicolores.
……Un jeune Directeur de Maisonneuve, impeccablement vêtu se présentât et nous charmât par un abord très sympathique et une agréable conversation générale et superficielle. Ayant vu, sur son bureau, les partitions musicales de mon épouse Madeleine, pianiste émérite, il nous vanta les Editions Musicales Luxueuses de sa Maison.
……Mais, quand le sujet du Répertoire arrivât sur le tapis, la douce conversation tourna vite à l’aigre. Les grandes Editions Maisonneuve prendraient en charge toute la publication et la diffusion du livre avec un pourcentage de quinze pour cent habituel pour moi. Une seule petite condition, sur la Couverture et la page de Garde, les petites Mentions :
…….« Travail réalisé sous la Direction du Docteur Pierre Schmidt, Président du Groupe Hahnemannien de Lyon ».
…….Ce n’était pas la première fois qu’un Patron s’appropriait le travail d’un de ses élèves. Mais, peut être dans un élan d’orgueil ou d’ambition mal placé, je refusais ferme cette proposition tardive.
……C’est à ce moment que le ton de mon interlocuteur se changeât. De la douceur mielleuse et aimable nous passâmes aux menaces pures et simples.
……« Monsieur Broussalian, sans l’appui du docteur Pierre Schmidt, des Editions Maisonneuve, et du Groupe Hahnemannien de Lyon, votre livre ne se vendra pas. Tout le monde ne sera pas de votre côté».
……Traduction nette et claire, Schmidt, ses élèves et son Editeur, tous unis d’un bloc, seront contre moi. Menaces à peine déguisées à la limite du chantage.
……Je me souviendrai toute ma vie de ma réponse : « Monsieur, je suis un inconnu, tout seul, un simple Soldat contre un illustre Général. Je viens du Néant, si je perds je retournerai dans l’inconnu, le Néant. Je n’ai rien et je ne perdrai rien, je retournerai dans le Néant. Mais, par ailleurs, de toutes façons, Monsieur, il est trop tard, ma parole est engagée, j’ai signé déjà un contrat à Grenoble».
……En réplique, le Directeur de Maisonneuve, en le raccompagnant, me dit, avec un large sourire : «Monsieur Broussalian, je crois que vous n’êtes pas un Soldat, je pense que vous êtes le Général ».
……Cet épisode de reconnaissance bien tardive, mais soutien moral sans valeur, se déroulait dans le courant du mois de Mai 1966.
……Toujours poussé par l’ardent désir de réussite, recherchant même la plus mince voie pour m’aider à propager mon œuvre, en désespoir de cause, je tentais de frapper à toutes les portes. J’eus la prétentieuse idée, d’ailleurs un peu saugrenue et osée, de m’adresser tout de go, au plus grand Laboratoire d’Homéopathie de l’époque : «Les L.H.F. ou Les Laboratoires Homéopathiques de France» situés 4 Rue Rabelais à Asnières près de Paris. C’était une idée un peu illogique, incohérente car les L.H.F. étaient dans la droite ligne des ouvrages du Docteur Léon Vannier ou de Madame Léa de Mattos, qui ne sont pas des unicistes convaincus, à première vue ! C’étaient plutôt des médecins à exercices et prescriptions multi-pluralistes. Ne manquant pas d’audace, je pris rendez vous tout de même, au début Juin 1966, auprès du Directeur Général des L.H.F., Monsieur François Perret à Paris (Asnières).
……Immense surprise et à mon grand étonnement je reçus un accueil très sympathique et très chaleureux de la part de Monsieur François Perret, Rue Rabelais à Asnières. Vivement intéressé par ma Traduction, il me dit que le Répertoire de Kent manquait absolument et depuis longtemps en langue française. Il m’affirma, spontanément, qu’il me soutiendrait et m’aiderait pour la diffusion de mon travail. Je tombais littéralement des nues, je n’osais même pas y croire. Il me semblait avoir mal entendu. J’aurais embrassé sur le champ Monsieur François Perret dans son beau et sobre bureau moderne d’Asnières. Enfin, mon premier et mon seul encouragement de valeur depuis le début! Première Lueur d’Espoir importante. Quelle différence avec l’attitude hautaine, négative et même finalement hostile de mon Maître et de son puissant Editeur Maisonneuve.
……En pratique, Monsieur François Perret me proposa immédiatement de faire imprimer un petit prospectus bicolore pour lancer une Souscription, avant la Parution de l’Ouvrage, prévue au mois de Septembre 1966. Il me demanda de lui faire parvenir au plus tôt, trois mille exemplaires de ce «Bulletin de Souscription», pour une diffusion générale à tous ses clients et correspondants. Avec une date réponse limite avant le 14 Juillet 1966. Je dois préciser en plus, point capital et non le moindre, que «Les Laboratoires Homéopathiques de France» assumaient, à leur charge, l’acheminement, la distribution, les frais de ces envois (on ne disait pas encore «mailings » à l’époque). Cette aide inespérée, une immense lueur de bonheur et de confiance, totalement désintéressée, nous mit du Baume au cœur dans toute la famille.
……Ainsi fut fait, imprimé, expédié un «Bulletin de Souscription pour le Répertoire de Kent en Français». Lancé, distribué avant le quinze juin 1966, pour une parution du livre en Septembre suivant. Impatiemment, en famille, nous attendions les retours de notre courrier. Avec fébrilité, nous courrions, mari et femme à la boîte aux lettres, chaque matin, guettant même l’arrivée du facteur !
……Dans une joie immense et contre toute attente, les Souscriptions affluèrent, elles plurent littéralement, avant la fin de la souscription au 14 Juillet 1966. Inattendus, inespérés, de toute la France, de Belgique, les commandes affluèrent, des médecins, des pharmaciens, des vétérinaires, des biologistes, des agriculteurs, des particuliers, un merveilleux parterre multidisciplinaire. Une vraie pluie de cent cinquante et une Souscriptions reçues aux L.H.F. ou directement chez nous. Des gens, des clients qui payaient avant de voir le livre d’un médecin totalement inconnu dans le milieu homéopathique!
……Soulagés, pleins de bonheur et d’espérance, en famille, nous partîmes en vacances à Nice pour un peu de repos, bien mérité, avant le coup de collier final.
……Je recevais les épreuves de l’imprimeur par la Poste et je renvoyais les corrigés le lendemain. C’est grâce au linotypiste Henri Mesquida, à l’imprimeur Clerc, au relieur Davin de lyon qui ne prirent pas de congés que nous pûmes fiévreusement préparer la parution pour le début Septembre 1966.
#39910
Bonjour Monsieur,

eh bien après cette lecture je regarde d'un autre œil VOTRE Répertoire de Kent, à couverture ferrari rouge et présentation sobre, copyright 1966, by BROUSSALIAN, 4 cours de la Libération, 38 Grenoble, qui occupe avec quelques autres la place des Généraux sur mon bureau.

Finalement, on pourrait dire qu'il s'est vendu comme un disque de Platine, mais sans Platine à la base...Vous voyez ce que je veux dire. ;)
Bravo :)
#39911
Je partage le sentiment d'Athelas, j'espère vous rencontrer un jour afin de vous faire dédicacer mon exemplaire.
#39912
Merci de partager avec nous, vos mémoires - précieuses- quand on s’intéresse de près à l'Homéopathie. Cela nous convainc qu'il faut nous battre car nous sommes dans un monde sans foi, ni loi.
#39914
Merci encore, c'est toujours aussi passionnant... quelle histoire !
Que de blessures et de déceptions ...
Ainsi connaissons nous mieux le parcours du plus précieux livre d'homéo, pratique, complet et en français !!!
Donc à PH aussi, nous avons un général !
vous avez gagné une sacrée bataille, et nous en profitons tous, chaque jour...
MERCI et au plaisir de vous lire et de vous rencontrer.

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