par Afyon
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#148
Une Dépression ancienne Triste et fausse Sepia

Quand un patient a beaucoup consulté des confrères homéopathes, sans résultats probants, il est plus logique d'éviter les remèdes prescrits antérieurement…
Ainsi cette très longue observation, suivie sur plus de vingt années, m'a conduit d'étonnement en émerveillement.

Madame N. C. avait cinquante deux ans quand elle vint consulter la première fois, en Novembre 1970. Elle suivait un traitement chimiothérapique, antidépressif. Elle avait renoncé aux nombreux confrères homéopathes qui tout au long de sa vie lui prescrivirent beaucoup de Sepia, entre autres remèdes, aussi inefficaces. Elle tenta une nouvelle et dernière expérience homéopathique sur les conseils d'un de ses fils. Et, surtout, après avoir reçu l'assurance qu'elle n'arrêterait pas ses remèdes toniques, dont elle était devenue dépendante.

Madame N. C. est mince, longiligne, au teint pâle, au regard et à l'aspect triste dans toute sa personne. Sa face est parsemée de taches brunes, sans recherche de fards, ni de maquillages. Ses vêtements aussi sont de couleurs sombres et mal ajustés. Vraiment, elle semble loin de s'intéresser ou de mettre en valeur sa féminité. C'est là, sans doute, un côté de son indifférence à sa personne, reflet de sa dépression.

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Transparent No 1 Mélanie/ L'interrogatoire.
Madame N. C. se pliant de langueur, de tristesse sans pleurs, depuis de nombreuses années. Elle accuse une asthénie profonde, une grande fatigabilité. Mais, à l'inverse, parfois, elle est capable d'efforts prolongés dans le bien tenu de sa maison.

Grande frileuse, elle est très bien couverte. Cependant, elle redoute aussi la grande chaleur. Désir de compagnie ou aversion suivant les moments ou le climat, sans relief caractéristique. Elle se sent abandonnée, mal aimée, incomprise de son entourage. Pourtant, elle est accompagnée de son mari qui paraît beaucoup affecté par l'état de son épouse au cours de l'interrogatoire. Il ya aussi, en plus, dans la salle d'attente, ses deux fils. Ce sont eux qui l'ont encouragé à retenter une énième consultation homéopathique.

Aggravation générale après les repas, digestion difficile avec douleurs rongeantes gastriques. Surtout elle ne digère pas le beurre dont elle éprouve une aversion absolue. D'ailleurs, elle interdit absolument toute introduction de beurre dans la maison, pour elle ou sa famille. Elle affirme que personne ne devrait consommer du beurre. "C'est très mauvais pour la santé et pour l'espèce humaine en général dit elle"…

La somnolence, le jour, contraste avec un mauvais sommeil la nuit. Son intolérance aux vêtements serrés est modérée. Sa ménopause s'est relativement bien passée, mais ses leucorrhées sont persistantes depuis pratiquement toujours.

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Perforé No 1/ Valorisation des Symptômes.
Cette quête fut réalisé avec le Répertoire de Kent, Expression Perforée". C'est un de mes premiers cas étudiés avec ces fiches perforées mécanographiques I.B.M.
J'utilisai, la carte No 1, "Abandonné, délaissé, sensation de rejet". En effet, surpris par ce sentiment de dénégation, d'abandon malgré la présence effective, à proximité immédiate, d'un mari et deux enfants adultes, je décidais de valoriser ce symptôme.

Très étonné par ce curieux acte d'autorité, avec l'interdiction absolue de la présence de beurre dans sa maison, je valorisais la carte No 797, "Aversion pour le beurre". Etonnant autoritarisme envers autrui, malgré un état dépressif d'indifférence pour elle. Suite à son inaptitude à digérer, ou son aggravation après le beurre, elle édifiait un dogme absolu contre le beurre ! Vraiment, je pouvais dire, aversion avec haine pour le beurre…

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Perforé No 2/Recherche du remède.
Ici, les deux cartes, No 1 et carte No797 sont superposées pour la recherche des perforations semblables qui indiquent les remèdes communs possibles.
Sur un fond rouge se détachent, quatre perforations communes.
Un 63/6 Pulsatilla qui se trouve au degré trois dans les deux rubriques, soit 6/6.
Ensuite, le 37/0 Cyclamen qui affiche deux fois le degré deux dans chaque rubrique, soit 4/6.
Vient ensuite, 28/4 Carbo Vegetabilis avec seulement le degré un dans chaque rubrique
Enfin, le dernier 29/7 China, lui aussi avec seulement le degré un dans chaque rubrique
Devant ce Pulsatilla inattendu et emporté par la magie des fiches perforées, je fis une entorse au trépied de Héring, et, je décidais de le prescrire tout de même, sur deux symptômes seulement. J'avoue avoir été surpris par Pulsatilla, alors que Sepia avait été prescrit par nombre de mes prédécesseurs.

Evolution du cas.
Contrairement à toute attente, Madame N. C. se sentit mieux progressivement, après plusieurs mois. Elle se sortit, petit à petit de sa langueur, de sa dépression et de sa tristesse.
Mais, je la revis, cinq ans après, vers le mois de Novembre 1975. Elle accourut, affolée, car les migraines gauches de sa jeunesse, oubliées depuis de longues années étaient revenues!
Mes quelques séances d'acupuncture ne la soulagèrent nullement. Ces céphalées, pariétales gauches étaient précédées d'auras visuels, à types de taches colorées diverses devant les yeux.
A l'interrogatoire, elle n'était plus triste, ni déprimée, ni lasse comme avant. Mais elle éprouvait toujours cette sensation ancienne d'incompréhension de son entourage. Devant, également la persistance de sa haine pour le beurre, je ressortis ses deux fiches I.B.M. décrites ci-dessus.
C'est là que je remarquais Cyclamen qui n'avait pas attiré mon attention cinq ans avant. Les algies me paraissant conformes aux signes de Cyclamen et je le prescrivis.
Quelques nouvelles séances d'Acupuncture et Cyclamen réunis virent à bout des douleurs assez rapidement.
Je ne revis plus Madame N. C. pendant de longues années.

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Transparent no 2 Mélanie/ Octobre 1989. Une revenante, Madame N. C.
Quatorze ans ont passés, depuis la réapparition et la résolution des céphalées, sans rechutes. Dix neuf ans se sont écoulés depuis la première visite de Madame N. C. Elle a maintenant soixante et onze ans.

Elle ne se plaint plus, ni de tristesse déprimante, ni de céphalées. Elle vient car elle a présenté, à plusieurs reprises des angines que des confrères ont soignées à grands renforts de divers antibiotiques. Elle se souvint, enfin, de son vieux médecin homéopathe et elle me décrit ses nouveaux troubles.

Ses angines sont rouges sombres, avec des points rouges sur les amygdales. Elle accuse une fièvre élevée et de fortes transpirations débilitantes. Une haleine fétide, incommodante persiste en permanence. Son oreiller est taché de salive fréquemment.

Ayant à ma disposition, à la date de consultation, le tout nouveau Programme Informatique Mélanie, je choisis PSY 1, sensation d'abandon et ES 17, aversion pour le beurre.
Pulsatilla et Cyclamen, mes familiers connus, apparurent parmi les remèdes possibles. Mais en plus cette fois, un Mercurius s'affichait. En effet, dans le symptôme de rejet, Mercurius avait été rajouté dans l'ordinateur. Ajout porté à la suite d'un cas clinique de Gallavardin, dûment vérifié par d'autres confrères. En fait, la prescription de Mercurius guérit les angines de Madame N. C., sans avoir recours aux antibiotiques. La sialorrhée nocturne, l'abondante transpiration disparurent et l'haleine redevint normale.

Autocritique
Voila une observation de près de vingt ans. Madame. N. C. a toujours gardé plus ou moins sa sensation d'abandon, d'incompréhension de son entourage, en somme d'être mal aimée. De plus, je ne l'ai pas guéri, ni de son intolérance, ni non plus de sa haine du beurre. Ces deux symptômes initiaux sont toujours constants.

Psorinum ressort dans le tableau des nosodes. Il est au degré trois dans la sensation d'abandon. J'aurais peut-être eu une issue heureuse sur ce sentiment en prescrivant Psorinum ? L'évolution a bien montrée par la succession des manifestations qu'il s'agit d'un terrain psorique.

Mais, par ailleurs, sa dépression et sa tristesse ont été effacés. Les céphalées de sa jeunesse ont aussi disparus. Enfin, ses angines de l'enfance ont été vaincues par les granules.
Je me pose tout de même une question gênante. Pourquoi avoir donné Cyclamen pour les céphalées et Mercurius pour les angines, alors que les deux symptômes caractéristiques persistaient toujours ? La dépression avait cessé, l'amélioration se serait peut-être prolongée en répétant Pulsatilla pour les anciens troubles affleurant à la surface.

En fait, j'ai été admiratif de la machine mécanographique ou l'outil informatique et, emporté, je me suis laissé séduire par elles…

N'est ce pas là un nouveau danger, la confiance en la machine ?
par Granule
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#153
Merci beaucoup!
Je sais que cette aversion pour le beurre pointe vers Pulsatilla.
Cependant je pensais qu'avec Pulsatilla il y avait toujours des pleurs, des larmes?
Je fais erreur de mettre de côté Puls pour cette raison?
par Sepia
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#154
Et l'attachement à la mère, doit-il nécessairement y être?
Avatar de l’utilisateur
par Edouard Broussalian
Staff
#159
Hé bien voilà une observation qui va susciter des commentaires.

Voici déjà réponse aux commentaires de nos amis:
homeomarie a écrit :Et l'attachement à la mère, doit-il nécessairement y être?
Je ne comprends pas de quoi vous parlez? Chez l'enfant Pulsatilla existe le besoin de consolation et d'être dans les bras de sa mère. Là il s'agit d'un adulte. D'autre part vous allez apprendre à n pas utiliser de "signes psychologiques" mais bien à vous baser sur les symptômes. Récemment par exemple Lachesis a produit un résultat splendide chez une femme totalement effacée et qui souffrait de l'intrusion permanente de sa belle famille. Il n'y avait aucune chance de penser à Lachesis d'après la "psychologie".
Diane a écrit :Cependant je pensais qu'avec Pulsatilla il y avait toujours des pleurs, des larmes?
Non bien sûr. Cela existe quand il y a une atteinte émotionnelle. Vous aurez Pulsatilla qui guérit même si les larmes ne sont pas là. Ici encore je vais devoir "défaire" les clichés qu'on vous a appris ;)

Venons en à l'observation de mon père.

Devant un cas aussi chronique la sagesse consiste toujours à commencer par un végétal. Cyclamen est particulièrement pertinent, vu aussi les ATCD de céphalées. L'aversion pour le beurre élevée en dogme est bien entendu LE signe sur lequel doit reposer la sélection du médicament.

On note cependant des signes discordants qui indiquent une strate sous-jacente: la variation des symptômes d'un extrême dans l'autre, par exemple en ce qui concerne la sensibilité au froid puis au chaud. Mais surtout ce dogmatisme que ni Pulsatilla ni Cyclamen ne possèdent.

Cependant le sentiment d'abandon, l'aversion pour le beurre et l'agg après manger suffisent pour commencer par Pulsatilla mais il aurait fallu discriminer Cyclamen d'emblée.

Tout se passe bien car Pulsatilla ouvre souvent un cas, et boum l'indication de Cyclamn surgit ensuite. On pourra discuter des heures pour savoir si Cyclamen donné en premier lieu aurait agit aussi, c'est mon opinion, mais vous voyez ici que même un médicament donné avec une homéopathicité partielle suffit à faire du bien.

Mais pour que la manœuvre fonctionne il faut le prescrire en basse dynamisation du fait de l'insuffisance possible d'homéopathicité, je crois savoir que Georges a prescrit du 9.

Puis nous voyons Cyclamen faire tout le bien qu'il peut en relevant le niveau de santé de cette patiente qui appartenait sans doute au groupe A. Jusqu'au retour des histoires ORL où Mercure arrive enfin.

Notez que Mercurius était présent dès la première répertorisation et voyez comment le cas s'est développé progressivement jusqu'à je dirais se "dérouler" sur Mercure.

Splendide!

Enfin sur l'ordinateur, je vous recommande la lecture de l'article suivant, qui représente la dernière avancée dans la fraude médicale: http://www.lemonde.fr/sciences/article/ ... 50684.html
par Granule
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#160
Edouard Broussalian a écrit :Hé bien voilà une observation qui va susciter des commentaires.

Splendide!
Oui Splendide!!!!

Merci!!!!
par globule
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#231
Bonjour Monsieur Broussalian,
Magnifique ! Merci de nous faire partager vos observations riches d’enseignements et de continuer à nous émerveiller ! Pourriez-vous nous apporter, svp, lors de nos prochaines rencontres les fiches perforées ? Je savoure la chance que j’ai de pouvoir participer à un enseignement de qualité, via internet. Merci aux organisateurs Ed. et Nico pour votre travail et la mise en commun de vos connaissances et à Jean-Claude, Joce pour votre collaboration. Je me réjouis de m’embarquer pour l’aventure avec vous tous sur planète-homeo ! Prête à l’envol ! A demain donc pour la merveilleuse aventure :D ! Bien cordialement. Michèle
par Afyon
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#1017
A ma prochaine visite à Genève, je porterai quelques fiches perforées. Nous pourrons les voir au "live".
Je vous porterai aussi un fichier perforé concernant la toux qui n'a jamais été publié.
L'ordinateur a envoyé au tapis le fichier perforé...
1252 symptômes seulement du Répertoire nécessitaient 5 kilos de fiches!
A Bientôt
Georges Broussalian
par globule
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#1027
Bonjour Monsieur,
Un grand merci ! Ne vous chargez pas trop lors de vos prochains déplacements vous aller devoir réserver toute une locomotive ! Je suis émerveillée par l’évolution de la technique en si peu d’années. Le premier ordinateur remplissait tout un bâtiment et maintenant le tout se réduit à un mouchoir de poche!
Pas facile de se déplacer au chevet du patient avec tout son matériel! Avec les fiches perforées, il vous fallait une aiguille à tricoter pour enfiler les symptômes? :)
Ce à quoi j’aimerais accéder, ce que vous arrivez à réaliser tout comme Edouard et d’autres homéopathes affirmés, c’est en fermant les yeux quelques secondes, lors de la consultation, réussir à entendre la mélodie du remède..C’est comme pour la musique pour laquelle l’entraînement et l’étude des gammes doivent être journaliers. Il me faut bûcher les matières médicales, connaître le répertoire, essayer, douter accepter les échecs et apprendre de mes échecs. Je me réjouis de découvrir chaque jour de nouveaux tableaux et de nouvelles rubriques! C’est pour cette raison que j’attends avec impatience les prochains voyages sur le terrain! Comment arriver à aider le patient rapidement.
Je suis reconnaissante de la confiance que nous témoignent les patients. Sans cette confiance, l’écoute active pour dépister les perles qu’ils nous dévoilent et sans l’étude approfondie des matières médicales nous ne serions pas à même de les aider. Merci de partager votre savoir, vos expériences et votre vécu ! Il me faudra plusieurs vies pour assimiler cet art difficile mais tellement merveilleux!
Avec mes meilleures salutations. Michèle Bärtschi-Guedj
Avatar de l’utilisateur
par Edouard Broussalian
Staff
#1039
Afyon a écrit :A ma prochaine visite à Genève, je porterai quelques fiches perforées. Nous pourrons les voir au "live".
Je vous porterai aussi un fichier perforé concernant la toux qui n'a jamais été publié.
L'ordinateur a envoyé au tapis le fichier perforé...
1252 symptômes seulement du Répertoire nécessitaient 5 kilos de fiches!
A Bientôt
Georges Broussalian
Nous prévoyons une émission "live" pour répondre aux questions des étudiants, montrer les fiches. Aussi une émission, voire plusieurs, sur les médicaments de accouchement. Ca va donner !!!

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