#1395
Voici le texte fondateur publié par Hahnemann dans le Journal de Hufeland, avant que celui-ci ne réalise l'ampleur de la révolution qui s'annonçait et qu'il ne lui ferme ses colonnes.
A méditer.


Si je ne me trompe, la médecine pratique a procédé ordinairement de trois manières différentes pour adapter des moyens curatifs aux maux du corps humain.

La première voie et la plus élevée consistait à détruire ou à enlever les causes fondamentales des maladies. Toutes les pensées et tous les efforts des meilleurs praticiens seront de tout temps dirigée vers ce but, qui est le plus conforme à la dignité de l'art mais ils n'ont jamais pu arriver à découvrir les causes fondamentales de toutes les maladies, qui resteront pour la plupart, éternellement cachées à l'esprit humain. (...).

D'après la seconde méthode, les médecins cherchaient à supprimer les symptômes existants par des médicaments qui produisent un effet contraire ; par exemple, la constipation au moyen des purgatifs; l'inflammation du sang au moyen des saignées, de la glace et du nitre ; les aigreurs d'estomac par des alcalins les douleurs par de l'opium. Dans les maladies aiguës, où la nature triomphe le plus souvent par elle-même, lorsque nous éloignons, pendant quelques jours seulement, les obstacles à la guérison, ou dans celles qui se terminent fatalement, lorsque nous ne pouvons pas le faire; dans ces maladies, dis-je, il sera juste, convenable, suffisant, de recourir à une médication semblable tant que nous ne posséderons pas la pierre philosophale dont nous avons parlé plus haut, c'est-à-dire la connaissance de la cause fondamentale de toute maladie et les moyens d'y remédier, ou tant que nous ne pourrons pas disposer d'un spécifique à action prompte, qui anéantisse, dès le début, l'infection variolique, par exemple. Dans ces cas, j'appellerai ces moyens temporaires.

Mais, si la cause fondamentale de l'affection et les moyens propres à la combattre directement sont évidents, et que, malgré cela, nous opposions à ces symptômes seulement des remèdes da la deuxième sorte, ou que nous combattions avec eux des maladies chroniques, alors cette méthode curative (celle qui consiste à combattre des symptômes par des moyens qui produisent un effet contraire) prend le nom de palliative et doit être rejetée. Dans les affections chroniques elle ne calme qu'au début ; plus tard, il faut augmenter les doses des remèdes qui ne peuvent pas écarter la maladie principale, et alors ils font d'autant plus de mal qu' ils ont été employés pendant un temps plus long..

J'engage mes confrères à abandonner cette voie (contraria contrariis ) dans le traitement des maladies chroniques et de celles qui viennent de signaler leur passage à l'état chronique : c'est une route fausse dans laquelle on s'égare. L'empirique orgueilleux la considère comme excellente, et se vante du triste privilège qu'il a de pouvoir soulager les malades pendant quelques heures, sans s'inquiéter si, sous ces apparences trompeuses, le mal ne prend pas des racines plus profondes.

Je ne suis pas le seul qui se permette de donner de semblables avertissements. Des médecins éclairés, intelligents, consciencieux, ont employé, d'après une troisième méthode, dans des maladies chroniques et dans celles qui prennent ce caractère, des moyens nullement destinés à voiler les symptômes, mais au contraire à guérir radicalement; en un mot, ils ont eu recours à des spécifiques. Ces efforts étaient certainement les plus dignes d'éloges. Ainsi, par exemple, ils ont essayé l'arnique dans la dysenterie, et ils en ont reconnu l'utilité spécifique dans quelques cas.

Mais sur quoi se basaient-ils ? Quelles étaient les raisons qui les déterminaient à essayer ces moyens? Malheureusement, rien si ce n'est l'empirisme, la pratique domestique, quelques cas de guérisons fortuites opérées par ces substances, souvent dans des complications isolées, que l'on ne rencontrera probablement plus jamais, quelquefois aussi dans des maladies franches, simples. Quel malheur, si le hasard et la routine devaient seuls nous guider dans la recherche et I'emploi des agents véritables des affections chroniques, qui certes, forment la plus grande classe des maladies qui affligent le genre humain

Pour approfondir les effets des médicaments, pour les adapter aux maux, on devrait s'en rapporter le moins possible au hasard, mais, au contraire, procéder toujours rationnellement. (...)

Il ne nous reste donc plus qu'à expérimenter sur l'organisme humain les médicaments dont on veut connaître la puissance médicinale.

(...). Le véritable médecin qui veut sincèrement perfectionner son art doit fixer toute son attention sur les deux points suivants, les seuls qu'il lui importe de connaître :

1°) Quels sont les effets simples produits par chaque substance, prise individuellement, dans l'organisme humain?

2°) Que résulte-t-il des observations de leurs effets dans telle ou telle maladie, simple ou compliquée?

(...). Dans la supposition qu'on manque ici d'une clef, je m'efforcerai dans ce travail d'exposer le principe d' après lequel on pourrait procéder pour arriver insensiblement à reconnaître et à employer d'une manière rationnelle, parmi les médicaments connus et inconnus, un moyen curatif spécifique approprié à chaque maladie et surtout aux affections chroniques. Ce principe repose sur les données suivantes :

Tout médicament efficace provoque chez l'homme une espèce de maladie d'autant plus spécifique, plus caractérisée et plus intense, que le médicament est plus efficace.

Aussi faut-il imiter la nature, qui guérit quelquefois une maladie chronique par une affection nouvelle qui survient, en employant contre l'état surtout chronique qu'on veut faire disparaître le remède qui est propre à créer une maladie artificielle aussi semblable que possible à l'affection naturelle. Cette dernière sera alors guérie.

Il ne faut pour cela que connaître parfaitement, d'une part, les maladies du corps humain d'après leurs caractères pathognomoniques et les accidents qui peuvent survenir; de l' autre, les effets purs des médicaments , c'est-à-dire le caractère distinctif de la maladie artificielle spéciale, produite généralement par eux, ainsi que les symptômes qui sont la conséquence de la variation des doses, de la forme, etc. ; alors, en choisissant contre un état pathologique donné un moyen qui produit une maladie artificielle aussi identique que possible, on pourra guérir les affections les plus graves.

Cette proposition a, je l'avoue, trop l'apparence d'une formule analytique, généralement stérile, pour que je ne me croie pas obligé de l'expliquer d'une manière synthétique; mais je ferai d'abord précéder cette explication de quelques remarques.

1°) Le plus grand nombre des médicaments produisent un double effet ; d'abord ils agissent directement, et provoquent d'une manière insensible un effet consécutif, indirect. Ce dernier est généralement un état tout à fait opposé au premier. Telle est l'action de la plupart dès végétaux.

2°) Il n' y a qu'un petit nombre de substances médicinales qui fassent une exception à cet égard, en continuant leur effet primitif sans interruption d'une manière uniforme, mais diminuant insensiblement; enfin, au bout d'un certain espace de temps, cet effet cesse et le corps rentre dans son état normal. C'est à cette catégorie qu'appartiennent les substances métalliques et les minéraux, comme le mercure, le plomb, l'arsenic.

3°) Lorsqu'on adapte à un état chronique un remède qui offre une grande analogie avec lui sous le rapport de son principal effet primitif direct, alors l'effet consécutif indirect est quelquefois précisément la disposition dans laquelle on cherche à amener le malade. D'autres fois, au contraire (surtout lorsqu'on s'est trompé sur les doses), il s'ensuit dans l'effet consécutif un désaccord qui ne passe quelquefois qu'après quelques heures. Ainsi une très forte dose de jusquiame laisse facilement après elle, comme effet consécutif, une grande disposition à la peur. Lorsque ce désaccord incommode le malade et qu'il faut en abréger la durée, alors une petite dose d'opium exerce une action spécifique et presque instantanée la peur disparaît. Il est vrai de dire que, dans ce cas, l'opium ne produit qu'un effet contraire, palliatif; mais il ne faut qu'un remède palliatif et temporaire pour supprimer pour toujours un mal passager c'est ce qui arrive également pour les affections aiguës.

4°) Si les palliatifs sont si nuisibles dans les maladies chroniques, et s'ils les rendent plus opiniâtres, la cause en est probablement due à ce que, après leur premier effet opposé aux symptômes, ils laissent après eux un effet consécutif qui ressemble à l 'affection principale .

5°) Plus le médicament provoque, dans son effet directs des symptômes pathologiques qui concordent avec ceux de la maladie qu'on observe, plus le mal artificiel se rapproche de celui qu'on veut écarter, plus le succès est assuré.

6°) Comme on peut presque admettre à l'égal d'un axiome cette proposition que les symptômes de l'effet consécutif sont opposés à ceux de l'effet direct, il est permis à un maître de l'art, dans les cas où les renseignements qu'il a obtenus sur les symptômes des effets directs sont incomplets, de suppléer à ce qui manque par des inductions, c'est-à-dire par le contraire des symptômes de l'effet consécutif. Le résultat qu'il obtiendra ainsi l'aidera à fixer son opinion, sans cependant devoir lui servir de base absolue.

Après ces remarques préliminaires, j'expliquerai, par des exemples, mon principe, suivant lequel, pour découvrir les véritables propriétés médicinales d'une substance dans les affections chroniques, on doit porter son attention sur la maladie artificielle particulière qu'elle provoque ordinairement dans l'organisme, afin de l'adapter alors à un état pathologique très analogue qu'il importe d'écarter.

Il en résultera en même temps la confirmation de cette autre proposition, qui présente beaucoup d'analogie avec la précédente, savoir : que pour guérir radicalement certaines affections chroniques, on doit chercher des remèdes qui provoquent ordinairement dans l'organisme humain une maladie analogue et le plus analogue qu'il est possible.

S. HAHNEMANN : Études de Médecine homéopathique. éd. BAILLIERE 1855
#27493
J'ai relu ce texte suite aux premières conférences de Bruno Laborier.
On se rend bien compte que c'est le début de l'histoire. Le ton de Hahnemann est très courtois, presque modéré, bienveillant.

Dans le paragraphe suivant :

"1°) Le plus grand nombre des médicaments produisent un double effet ; d'abord ils agissent directement, et provoquent d'une manière insensible un effet consécutif, indirect. Ce dernier est généralement un état tout à fait opposé au premier. Telle est l'action de la plupart dès végétaux."

ne manque t-il pas un mot ou plusieurs dans la première phrase, du genre "d'abord ils agissent directement, et ensuite ils provoquent...
#27499
Athelas a écrit :"1°) Le plus grand nombre des médicaments produisent un double effet ; d'abord ils agissent directement, et provoquent d'une manière insensible un effet consécutif, indirect. Ce dernier est généralement un état tout à fait opposé au premier. Telle est l'action de la plupart dès végétaux."
ne manque t-il pas un mot ou plusieurs dans la première phrase, du genre "d'abord ils agissent directement, et ensuite ils provoquent...
Ma traducion de l'Allemand:
" La plupart de remèdes ont plus qu'un seul effet, un direct, initial, qui doucement passe à la deuxième (je l'appelle effet consecutif). Le dernier est habituellement un état tout à fait opposé au premier. Ainsi agissent la plupart des végétabiles."

Gaby
#27500
Gaby nous rappelle que la plupart des traductions que nous avons de l'allemand sont pourries.
Elle m'a fait prendre conscience que celle de Schmidt sur l'Organon est absolument affreuse. C'est par moment plus du Schmidt que du Hahnemann et le texte est volontairement très ampoulé et emphatique, à des années lumières du style percutant de Hahnemann.
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