#39431
DIXIÈME RAISON


Vous vous trompez complètement en disant que ce qui m’a élevé au rang de maître de l’art de guérir, d’après “ma façon de m’exprimer”, est cependant limité dans ses applications. C’est exactement le contraire ! La maîtrise d’un tel Art est autre chose encore ! En m’agrippant fortement à la loi homœopathique, je possède, grâce à cela, un guide thérapeutique dans quasi toutes les circonstances. Laissez-moi vous clarifier quelque peu ce que j’entends par Loi en vous citant un cas de :

Hoquet chronique

Tout d’abord, si vous n’avez aucune expérience d’un cas vraiment grave de hoquet, interrogez un vieux confrère expérimenté et il vous avouera que de tels sujets sont le plus souvent empoisonnés et, de toute façon, des cas vraiment bien difficiles à guérir. De plus, le hoquet est une de ces affections qui ne répondent clairement à aucun système nosologique courant.

Au début de l’année 1883, une jeune lady me fut amenée souffrant de toute une liste de symptômes morbides, dont le plus désagréable était un singultus [le terme latin de ce que nous appelons vulgairement un hoquet]. Elle en souffrait sous forme de crises qui duraient près d’une demi-heure, et cela au moins quatre fois par jour.

En considérant les symptômes concomitants, soit :

– la rétention des règles, [trad. originale : « l’écoulement et la fréquence des règles »]
– les leucorrhées,
– la soif,
– la salive abondante,

je considérai ce hoquet comme une manifestation réflexe de l’utérus. Vous avez déjà quelque idée sur mes conceptions concernant la vaccination et la théorie de la vaccinose, développées ailleurs, et que j’ai cherché à établir et à défendre en des cas concrets (Voir ma publication “Vaccinose et sa guérison par Thuya”…etc). Bref, ayant décidé d’agir selon cette hypothèse, je donnai Thuya…mais sans le moindre résultat. Je continuai avec Sepia, parce que c’est un remède classique chez les homœopathes pour les leucorrhées, mais cela ne m’aida pas davantage. Que pouvais-je faire d’autre ? En réalité, je n’avais qu’un seul chemin à suivre, celui de la loi de l’homœopathie, sous l’égide de son prophète Hahnemann ! C’est à dire reprendre tout le cas à nouveau.

Maintenant*, ma patiente, en plus de son hoquet [« sans avoir sommeil », ajout dans la trad. originale] :

– avait soif, [«le soir », ajout]
– sa langue était saburrale, [« jaune-blanchâtre », ajout]
– elle avait des nausées, [« post-prandiales », ajout]
– sa bouche était remplie de salive liquide, [remplacé par « salée »]
– elle souffrait de maux de tête,
baillait beaucoup, [« sans somnolence », ajout]
– se plaignait de grande faiblesse,
– de fatigue dans tous les membres.

Ces symptômes s’accordaient en tout très exactement à ceux de Cyclamen donnés dans la Matière Médicale Pure de Hahnemann.

EN CONSEQUENCE, si la notion de similitude a quelque valeur, Cyclamen devait guérir ma patiente…et c’est exactement ce qui arriva.

La troisième décimale l’a presque guérie, mais cependant pas complètement. Je pensais alors à la 2è décimale que je fis prendre au moment où les règles apparurent.

Mais cette deuxième décimale ne sembla pas agir aussi bien que la troisième donnée précieusement, et c’est pourquoi je retournai à ma troisième.

Comme le hoquet n’était pas complètement guéri, je revins à la première décimale, sans satisfaction ; puis je sautai à la trentième centésimale, lorsque…après cela, ne le répétez qu’à voix basse à vos amis…plus aucun remède ne fut nécessaire pour ce hoquet qui disparut sans laisser la moindre trace.

Veuillez donc accepter pour ma dixième raison d’être homœopathe ce fait qu’avec son aide je fus capable de guérir un hoquet chronique d’une façon sûre et agréable. Cette fois-ci, la guérison fut effectuée par Cyclamen.
#39432
Dans cette dixième raison Burnett, en cherchant à expliquer une totalité des symptômes (avec une interprétation physiopathologique douteuse), s'écarte de la démarche inductive et prescrit de façon arbitraire et par habitude deux médicaments qui échoueront (cf. les mises en garde d'Hahnemann dans l'Organon, 6ème édition, paragraphe 82 et 257). Pour nous enseigner il met délibérément en avant son erreur : il n’a plus qu’à retourner à sa table d’études. Il nous confie que sans le guide de la loi de similitude il n’y a pas de guérison possible. Pas de place pour l’imprécision et la négligence. Et l’expérience prouve une nouvelle fois que cette loi est toujours vraie. C’est le message principal des premières raisons de son livre.

Comme d’habitude, Burnett ne s’appesantit pas à décrire des symptômes bien modalisés. Il se contente d’énumérer vaguement des symptômes communs et banals. Sans doute parce qu’il s’adresse en priorité (on peut le penser) aux médecins allopathes de son époque, peut-être aussi pour ne pas alourdir son texte rythmé et si savoureux.
Pierre Schmidt pour la commodité de l’exposé, par didactisme aussi peut-être, embellit les symptômes vagues donnés par Burnett en symptômes bien modalisés qui renvoient le lecteur à des rubriques connues du Répertoire où Cycl. se retrouve au troisième degré ou encore avec des valorisations relatives.

Par exemple :
La jeune patiente (on ne connaît pas son âge exact) n’a jamais eu ses règles. Elles ne sont pas encore apparues. Et c’est probablement à cause de cela que Burnett envisage en priorité un médicament qui a une affinité particulière pour les organes génitaux féminins. Burnett précise « emansion of the menses ». Mansion est un vieux mot anglais dérivé du latin « mansio,-onis » qui signifie « le séjour », « la demeure ». En somme les règles restent dans leur lieu de séjour à l’âge où le flux menstruel devrait s’écouler. On peut traduire par “rétention des règles”.

Or Pierre Schmidt écrit à la place de « emansion of the menses » : « écoulement et la fréquence des règles », ce qui sous-entend des règles en avance, fréquentes et abondantes, mais peut aussi vouloir dire le contraire. Il n’a pas tranché car Cycl. figure de toute manière en bonne place dans ces rubriques opposées.
La rubrique la plus adaptée dans le répertoire est donc :
GENITAUX FEMININS / RÈGLES / retard, en / premières règles, retard d'apparition des
Cependant Cycl. n’y figure pas.

Mais plus encore que le “symptôme” règles absentes, les troubles associés à cette absence sont à prendre en considération.
Voici ce qu’en pense William Cullen :

“DCCCCXCVIII. The retention of the menses, the emansio mensium of Latin writers, is not to be considered as a disease merely from the menses not flowing at that period which is usual with most other women. This period is so different in different women, that no time can be precisely assigned as proper to the sex in general. In this climate, the menses usually appear about the age of fourteen : But in many they appear more early, and in many not till the sixteenth year : in which last case it is often without any disorder being thereby occasioned. It is not, therefore, from the age of the person that the retention is to be considered as a disease ; and it is only to be considered as such, when, about the time the menses usually appear, some disorders arise in other parts of the body which may be imputed to their retention ; being such as when arising at this period, are known from experience to be removed by the flowing of the menses. [la suite = considérations physiologiques]

extrait de " Works, containing his physiology, nosology, and the first lines of the practice of physic; with numerous extracts from his manuscript papers, and from his treatise of the materia medica, vol.II, p.292 "

https://archive.org/details/workscontainingh02culluoft

J’ai souligné les passages importants. Soit, l’utérus est incriminé, Burnett avait raison et peut-être même l’étiologie se situe à ce niveau, mais l’important c’est qu’il y a bien, dans cet état, une totalité des symptômes (même un allopathe le dit) à prendre en considération dans la recherche du similimum.

Et notez que, le hoquet s’amendant, les règles apparaissent ! Peu importe dans quel sens cela fonctionne : que Cyclamen ait permis les conditions de la réapparition des règles ce qui a favorisé l’amélioration du hoquet, ou que Cyclamen ait diminué le hoquet ce qui a eu une répercussion sur l’utérus, l’essentiel c’est d’avoir un médicament qui couvre les deux aspects du désordre général de l’économie, indépendamment l’un de l’autre.


D’une manière générale Cycl. est d’ailleurs amélioré pendant les règles.

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La dernière rubrique vaut la peine de s'y intéresser. Avec l'incontournable Lachesis quelques médicaments y figurent au 1er degré avec une valorisation relative.

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Voici la grille répertoriale qui permet avec juste deux symptômes caractéristiques d’envisager en priorité Cyclamen.

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Nat m., dont il est question dans la onzième raison,est juste derrière.
#39908
Je suis ravi qu'on redécouvre tous ensemble les nouvelles de Burnett. J'ai pris grand plaisir à les lire, et travailler sur certaines. Il y a beaucoup à réfléchir et à apprendre, et c'est très encourageant pour moi de voir les résultats que Burnett obtenait au début de sa pratique homéopathique, tout en ayant bien sûr à l'esprit le fait qu'auparavant il mena des études de médecine complètes par deux fois, mais aussi qu'il avait des conceptions homéopathiques très personnelles, voire hérétiques. S'il y a des passages admirables, il y en a aussi d'autres qui méritent une lecture critique et d'ailleurs Pierre Schmidt ne s'en prive pas.

D'ici quelques temps je me remets à la tâche, et vous prépare "ma sélection personnelle" des raisons à lire, et mes commentaires sur deux d'entre elles qui sont vraiment à connaître, ainsi qu'un tableau indiquant le médicament utilisé dans chacune des cinquante raisons.
Terrasienna a écrit :Athelas, comment fais tu pour citer Cullen dans le texte???Aurais tu lu son ouvrage complètement? Fais tu des sorties hors de ton corps la nuit depuis Opium? :D :D :D
En tous cas, vraiment trop fort!!!
Concernant Cullen, j'ai simplement fait une recherche sur Internet avec l'expression qui m'intriguait "emansion of the menses", et j'ai trouvé très très peu de résultats intéressants et exploitables hormis, quel drôle de hasard, ce texte de Cullen, qui me permettait de poursuivre ma démonstration dans le sens que je souhaitais.

Merci pour vos retours! Quand bien même il […]

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