#41455
DOUZIÈME RAISON


Comme vous n’avez pas accusé réception à ma dernière communication, je vais vous infliger un troisième cas de hoquet, qui constituera ma douzième raison d’être un homœopathe.

Le 29 mars 1887, on m’amena une jeune fille de 10 ans, sa mère se plaignait qu’elle souffrait d’anémie, de langueur, de troubles digestifs (*), de maux de gorge, de nausées, d’évanouissements, de maux de tête frontaux, de lassitude matutinale, de mauvaise mémoire, d’une haleine acide, d’aigreurs d’estomac lui remontant à la gorge, de hoquet, de selles insuffisantes et blanchâtres et de douleurs dans le flanc gauche quand elle montait une pente.
A l’examen, je trouvai un souffle cardiaque, surtout localisé à la base et une hypertrophie marquée de la rate. La petite malade ne supportait pas le froid. Elle avait eu la varicelle et la rougeole et n’avait été vaccinée qu’une fois.

Vous savez que je considère la vaccination comme une véritable maladie et que je me suis permis de l’appeler la « vaccinose », ayant même écrit un petit volume à ce sujet.(**) Cependant, ce n’est pas cette question qui m’occupe ici, mais plutôt le vaste sujet de l’homœopathie, lequel conduit du reste à la même prescription que celle basée sur ma théorie de la vaccinose.
Thuja occidentalis 30, à doses espacées, guérit le hoquet, réduisit la rate à peu près de moitié et, aussi bizarre que cela puisse vous paraître, le souffle cardiaque disparut aussi.

La guérison de ce hoquet par Thuja est le point, cependant, sur lequel je désire attirer votre attention plus particulièrement. Remarquez bien que je vous ai offert trois cas de hoquet : le premier guéri avec Cyclamen europæum, le deuxième par Natrum muritaticum et le dernier par Thuja occidentalis.
Cette diversité dans le choix thérapeutique pour un même symptôme, un hoquet, illustre à la fois l’esprit de l’homéopathie et l’immensité de son pouvoir thérapeutique sur les affections morbides.

Evidemment, pour un profane qui ne comprend rien à l’homœopathie, cette diversité dans l’application du remède approprié constitue une grosse pierre d’achoppement et a empêché bien des chercheurs capables et consciencieux d’en saisir la raison, et cependant c’est là la force de ce système, rendant sa pratique, il faut l’avouer, affreusement difficile.

La nature entière est notre pharmacopée…c’est à dire pour tout homœopathe qui a quelque peu saisi le sujet et a appris à marcher sans béquilles, mais qui VEUT TRAVAILLER. Et quoique je vienne de vous exposer là trois cas de hoquet guéris par autant de remèdes différents, cependant, je le répète, si vous me demandiez quel remède je vous recommanderais d’essayer contre le hoquet, je ne pourrais que vous répondre : « Ce remède (et encore pas du tout nécessairement l’un de mes trois cités plus haut) qui se prouvera être pathogénétiquement le plus semblable au cas de hoquet que vous devez soigner. » J’ai bien peur d’être en train d’allumer un incendie dans votre tête !




(*) en anglais « biliousness » qui peut signifier aussi irritable.

(**) Vaccinosis and its cure by Thuja ; with remarks on homœoprophylaxis ; 1884
disponible ici :
https://archive.org/details/vaccinosisandit01burngoog
ou encore ici :
http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=m ... =1up;seq=1
#41458
Pour cette douzième raison Burnett choisit de présenter le cas d’une petite fille malade qu’il a soignée en 1887. Quelques années ont passé depuis ses débuts en homéopathie (ca 1876 ?) et les succès initiaux dont il s’est servis pour écrire les premières raisons. Mais vous allez voir que ses lauriers ne l’empêchent pas d’être à court d’idées novatrices et de chercher toujours plus loin.

A première vue quelques symptômes digestifs semblent marqués et suffisamment frappants pour être caractéristiques chez une enfant de cet âge sans antécédents particuliers. Mais à y regarder de plus près« ça part dans tous les sens », par quel bout attraper le cas ? Comment, pour faire le tri, discriminer entre tous les symptômes ceux qui sont primaires, consécutifs à d’autres, fruits d’une pathologie, etc. ? Les symptômes ne sont-ils pas aussi trop communs, trop vagues ? Leur répertorisation amène à une impasse d’où aucun médicament ne se dégage. Finalement peut-être s’agit-il d’un cas défectif révélant l’activité d’un miasme chronique qui réprime l’apparition de symptômes fiables ?

Alors, prescrire d’après une “similitude” organique ou pathologique ? Mais y a t-il vraiment un organe atteint, et plus que les autres, au sens structurel ? Quelle est la nature de la pathologie, dans quel cadre nosologique se situe t-on ? Et puis la maladie a t-elle évolué suffisamment en si peu d’années ? Il ne s’agit pas de cela non plus, du moins pas encore heureusement. Burnett va préciser sa démarche clinique.

Sans doute le cas a résisté auparavant à d’autres homéopathes, il faut donc chercher autre chose. Or chez de nombreux patients Burnett observe et se trouve confronté à de nombreux troubles et désordres protéiformes, « obscure » (c’est le mot anglais qu’il utilise) suite à une vaccination contre la variole. Il formule alors l’hypothèse que la vaccination peut induire un état morbide constitutionnel, profond et durable, qu’il appelle « vaccinosis » (vaccinose »). L’économie entière est perturbée, notez déjà les symptômes mentaux apparus chez l’enfant.

Pourquoi Thuja ? Burnett ne s’occupe pas réellement des symptômes les plus superficiels qui n’appartiennent pas pour la plupart d’entre eux à la pathogénésie du médicament. Il le prescrit surtout d’après une cause étiologique dont les manifestations cliniques chez la petite sont de nature sycotique : anémie profonde, état de fatigue chronique, probables infections à répétition, ralentissement des fonctions. Elle manque de vigueur, une image de faiblesse générale se dégage du triste tableau dépeint par sa mère. Thuja, « l’arbre de vie », administré d’emblée en dose bien dynamisée (par rapport aux posologies indiquées dans les raisons antérieures) réinsufflera de l’énergie à l’enfant et la guérira en vertu de son pouvoir anti-miasmatique.



Pas de médecin sans malade et pas de médecine sans médecin. Encore faut-il pour le médecin « qui veut travailler », c’est à dire ne pas se contenter de résultats partiels, avoir une méthode thérapeutique digne de ce nom. Deux qualités sont requises dans la démarche personnelle d’éprouver ou d’examiner une méthode déjà connue. Burnett utilise le mot « investigator » qui signifie qu’il faut aller au fond des choses pour ne rien ignorer et prendre en compte tous les faits.

En premier lieu le chercheur / médecin (dualité) doit être « capable ». Nous sommes dans le domaine de l’aptitude. On imagine mal en effet comment il pourrait en être autrement quand il s’agit de rétablir la santé des patients, voire de sauver dans l’urgence des personnes. Tout un ensemble de qualités humaines et de connaissances possédées à des degrés différents font de nous des thérapeutes plus ou moins compétents (Organon §83 et 98).
Burnett dit aussi que le chercheur / médecin doit être « consciencieux ». Il s’agit d’une attitude, c’est une exigence morale supplémentaire. Il faut donc un praticien appliqué, sérieux. Un chercheur scrupuleux et impartial.

Être consciencieux signifie aussi pour un homéopathe rechercher toutes les manifestations morbides dans un cas de maladie donné afin d’en tracer l’image la plus précise possible, dans le respect du premier aphorisme de l’Organon (cf. note (a) et ne jamais substituer l’hypothèse à l’observation). Un homéopathe investigue la totalité des symptômes. Il suit « à la trace » (latin « vestigo ») les marques, les signes, l’empreinte de la maladie.

Un tel observateur parviendrait à la conclusion logique que l’homéopathie est un ensemble cohérent de principes (et de règles d’application qui en découlent) en vue d’administrer selon la loi des semblables des substances médicinales spécialement préparées pour les malades. La stricte observance de ces principes permet de prescrire avec précision LE remède curateur de chaque patient. Les nombreuses guérisons observées en appliquant ces principes inchangés depuis plus de deux siècles prouvent la fiabilité de la méthode et expliquent sa longévité.

Pourtant au-delà de la validation scientifique de cette méthode subsiste un obstacle important sur lequel viennent buter de nombreux médecins et qui les empêche d’appliquer pleinement dans leur pratique les principes de l’homéopathie. Il faut apprendre et connaître la Matière Médicale Homéopathique, afin de sélectionner le médicament le plus ressemblant parmi des centaines d’autres issus de tous les règnes. Faute de médicament spécifique dans l’immense majorité des affections les raccourcis ne sont guère praticables. Autrement vous risquez de trébucher et de vous casser la figure.

Êtes-vous prêt à travailler ?
#41478
Je suis subjugé par cette observation merveilleuse de Burnett.
Une seule prescription de Thuya pour guérir un enfant qui avait reçu une seule vaccination, la vaccination antivariolique.
De nos jours, les enfants subissent une overdose de vaccins, combien de Thuya faudra t'il prescrire ?
A mon époque où la vaccination antivariolique était obligatoire dès la première année, j'ai vu des réactions fort redoutables.
Après le vaccin, avec une réaction locale franche, sur le deltoïde ou la région fessière, l'enfant présentait souvent une fièvre très élévée, autour de quarante.
La maman disait, il est calme, il dort bien....c'était déja une réaction encépholo-méningée évidente.
Beaucoup de personnes d'un certain âge portent encore une cicatrice marquée de ce vaccin sur leur anatomie. Des femmes ont eu recours à la chirurgie esthétique pour ôter ce stigmate disgracieux. Mais les désordres intérieurs sont au dela de tout recours.
Combattons, avec force, toutes ces vaccinations dangereuses et inutiles.
#41533
Merci Anne, c'est gentil de ta part.
J'espère que ces raisons et leurs commentaires ont la plus large audience possible car on peut aussi les voir comme une illustration des grands principes de l'homéopathie.
J'essaye de "coller" au texte le plus possible. Par exemple pour cette dernière raison je ne me suis pas amusé à philosopher ou spéculer sur la Nature.
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Ouh là là on ne donne pas d'embl&eac[…]

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