#43811
SEIZIEME RAISON


Vous vous souvenez de mon cas de hoquet guéri par Natrum Muriaticum ? Hé bien, alors que mon esprit pense sans cesse à ce tout à fait merveilleux médicament, je vous apporte une autre guérison par lui comme ma seizième raison d’être un homéopathe. Ici, vous allez à nouveau noter l’importance de la loi des semblables, car ce cas s’inspirera de celui du hoquet :

John H., 29 ans, marin, vint me voir le 21 avril 1878, me disant qu’il avait eu des accès de paludisme deux ou trois fois par jour, avec des vomissements aqueux, à Calcutta, en septembre 1877. Il fut hospitalisé trois semaines à Calcutta pour cela, prit des émétiques, de la quinine, et des toniques. Tenu pour guéri à la fin des trois semaines ; mais avant même d’avoir quitté le port, l’accès de fièvre reprit, ou bien il en eut un nouveau, et il fit un voyage de cinq mois pour rentrer au port de Liverpool. Pendant les trois premiers mois de son voyage de retour, il eut des crises deux, trois, quatre voire cinq fois par semaine, et il prit une bonne quantité de poudre que le capitaine lui donna, qui, d’après sa description, était de l’écorce de quinquina, puis sa fièvre le quitta et la condition suivante survint : « douleur du côté droit sous les cotes ; impossible de se coucher sur le côté droit ; les mollets très douloureux au toucher, ils sont durs et raides ; jambe gauche en demi-flexion, il ne peut pas l’étendre. » Dans cet état il resta les deux derniers mois en mer, et encore deux semaines après son débarquement ; et il vint me voir dans cette situation, clopinant aidé d’une canne, avec d’importantes douleurs en se déplaçant.
Urine boueuse et rouge ; transit intestinal régulier ; peau tannée ; conjonctives jaunes.
Il boit environ trois pintes de bière par jour. Je lui ai recommandé de ne pas changer son style de vie jusqu’à sa guérison, et puis boire moins de bière*. Il a bien suivi la première partie de la recommandation, comme je l’ai appris de son frère ; pour la partie suivante, je n’ai aucune information.

Le cas du hoquet est en rapport direct avec celui-ci, puisque nous avons affaire à l’évidence à un accès fébrile supprimé par Cinchona**. Par conséquent, prescription Nat. Mur. 6 trit. Six granules dans de l’eau toutes les quatre heures.

27 avril. Les douleurs du côté et de la jambe ont complètement disparu en trois jours, et l’urine s’est clarifiée aussitôt ; mais la douleur est revenue au quatrième jour dans le mollet gauche seulement, qui aujourd’hui est rouge, douloureux, gonflé et prend le godet. Il marchait sans canne.

Poursuivre le médicament.

4 mai. Presque bien ; il ressent seulement une très petite douleur dans le mollet gauche en marchant. Se sent bien et semble aller bien, et marche dans la pièce de façon tout à fait normale, sans bâton.
Il pense qu’il a eu un coup de froid quelques nuits auparavant. Il continue à transpirer chaque nuit ; depuis qu’il a eu ces accès fébriles, les draps doivent être changés chaque nuit.

Poursuivre le médicament.

11 mai. Va très bien.

Je vous incite à étudier à fond le sel sous tous ses aspects ; mais le fait qu’il est tellement calorifère en dose réfractée***, et qu’il a guéri cette impasse résultant de la combinaison fièvre-quinquina, m’autorisera sûrement à le considérer comme une très bonne raison d’être un homéopathe, puisqu’il ne peut pas être utilisé de la sorte en dehors du terrain homéopathique.



* Le lecteur pourrait s’étonner que Burnett ne donne aucun conseil d’hygiène de vie. Alors que ses prédécesseurs ont prescrit des « toniques » il se contente simplement de recommander à son patient affaibli moins de bière. Pour un homéopathe la maladie, quand elle se situe sur un plan dynamique, est inaccessible aux substances nutritives (compléments, sels minéraux, etc.) prises dans le cadre d’un traitement ou d’un régime par exemple (les maladies par carence ne relèvent pas initialement d’un désordre dynamique bien sûr), et d’autant plus si un miasme chronique a été activé. D’ailleurs Burnett, au travers de sa façon humoristique de rapporter l’observance de son patient, ne lui chicane pas dessus. Il est probable que le marin n’ait pas diminué sa consommation. Ce qui gênerait les détracteurs de l’homéopathie qui attribuent ses succès aux régimes et changements de mode de vie quand ils sont instaurés en même temps (si nécessaire) ...
cf. Organon 259 à 261

** cf. Organon §70, 235a, 244a et 276a

*** Se disait en médecine, pharmacologie, d’une « dose divisée par petites proportions » (Littré) pour administrer le médicament en petite quantité. Le terme fait référence à la pratique allopathique qui consiste à « briser » (latin refringere) la dose d’un médicament, c’est à dire la fractionner, sans doute pour en atténuer les effets trop violents sur l’organisme. Mais on peut se demander si Burnett, qui connaissait le sens étymologique des mots, en se plaçant comme il le dit lui-même sur le terrain homéopathique, ne souligne pas en réalité tout autre chose de fondamental : le procédé de préparation des médicaments homéopathiques modifie les propriétés des substances brutes. C’est un peu comme si une espèce de “déviation” s’opérait au sein de la substance et cette transformation donne au final une image modifiée de ses propriétés initiales.
cf. Organon §269, 269 notes a et d, 270
D’ailleurs on notera que le marin, en dépit de ses fièvres, pendant les cinq mois qu’aura duré son voyage en mer (en tout cas au moins les deux derniers) aura été exposé aux embruns et au bon air marin et que, pour autant, le sel standard qu’ils contiennent ne l’aura pas guéri de sa mal’aria.



DIX-SEPTIEME RAISON

Il y a quelques années, la fille d’un magistrat londonien souffrait d’une terrible névralgie de la face ; elle en souffrait depuis des années, par intermittence, et tous les efforts et dépenses possibles avaient été faits pour tenter de la guérir. Leur conseiller familial ordinaire était un homéopathe, mais il n’avait pas réussi à guérir cette névralgie, en dépit de plusieurs consultations auprès de confrères, et d’autres hommes éminents avaient été consultés, mais sans résultat.

J’ai constaté que la douleur était pire par temps froid ; pire en bord de mer ; améliorée loin de la mer – dans les terres, c’est-à-dire moins fréquente ou moins sévère, et quand elle survenait, la patiente larmoyait. Une pincée de la sixième trituration de Natrum Muriaticum dans de l’eau trois fois par jour guérit ma jeune patiente en environ trois semaines ; et cette action anti-névralgique de Nat. Mur. doit être ma dix-septième raison d’être un homéopathe.
Avatar de l’utilisateur
par Athelas
Diplômé PH
#43812
On ne sait pas comment Burnett a choisi ses 50 cas cliniques réussis parmi tant d'autres pour composer son ouvrage. Il nous présente maintenant quatre raisons successives d'être homéopathe à mettre sur le compte de Natrum muriaticum.

Le premier cas a été incorporé dans l’encyclopédie de Hering, section « fever ».

Voici une sélection de quelques rubriques utiles en cas de paludisme qui peuvent aider à confirmer un remède, ou à envisager un autre auquel on aurait pas pensé de prime abord :

FRISSON / EXPOSITION / palustre, pays d'endémie
arn, carb-ac, cedr, chin, chin-a, chin-s, eucal, eup-per, ferr, ip, nat-m, nat-s, nux-v, psor, sulph

FRISSON / EXPOSITION / tropicaux, pays
ang, bry, cedr, chin, nat-m, nat-s, podo, ter

FIEVRE / INTERMITTENTE chronique
agar, alum, apis, ars, ars-i, calc, calc-p, calc-s, carb-ac, carb-v, chin-a, ferr, ferr-ar, ferr-i, graph, hep, iod, kali-ar, kali-c, kali-s, lach, lyc, nat-m, nat-s, nit-ac, nux-v, phos, psor, pyrog, sep, sil, sulph, tarent, tub

FIEVRE / INTERMITTENTE chronique / tripotée par drogage allopathique ou abus de remèdes (Voir Paroxysmes-Irréguliers)
ars, calc, ferr, Ip, nat-m, nux-v, sep, sulph, tarent

GENERALITES / INTOXICATIONS ou abus chroniques / quinine, après abus de
am-c, ant-t, apis, arn, ars, asaf, bell, bry, calc, calc-ar, caps, carb-v, cham, cina, coloc, cupr, cycl, dig, eucal, ferr, ferr-ar, gels, hep, ip, kali-ar, lach, meny, merc, nat-m, nat-p, nat-s, nux-v, ph-ac, phos, plb, puls, samb, sel, sep, stann, sul-ac, sulph, verat


Et voici les commentaires avisés de Eugène Beauharnais Nash invité à mettre son grain de sel :

au sujet de Cinchona officinalis :
« Ce remède est employé dans les deux écoles médicales pour les états de grande faiblesse et de débilité. La vieille école, ainsi qu'elle le fait toujours, le prescrit pour tous les cas de débilité, d'après des principes généraux, sous le nom de tonique. […]
Voyons maintenant l'action anti-périodique de ce remède. Son emploi populaire par la vielle école et par les profanes instruits par elle en ce sens, comme une panacée pour toutes les maladies dites malariennes, est une malédiction pour l'espèce humaine. Que ce soit un grand remède, quand il est indiqué par les symptômes, pour les affections périodiques qu'elles soient ou non d'origine paludéenne, cela est vrai et c'est également vrai d'Eupatorium perfoliatum, d'Ipecacuanha, Natrum muriaticum, Arsenicum album et d'une foule de remèdes. Les affections ne se rattachant pas strictement au paludisme, si elles sont pires un jour sur deux, attireront l'attention sur Cinchona. »

Concernant Natrum muriaticum :

« Ce remède est particulièrement efficace chez les sujets éprouvés par l'abus de la quinine. Son action dans les fièvres est trop bien connue des disciples d'HAHNEMANN pour nécessiter ici beaucoup de place. Il est particulièrement utile dans les cas de paludisme supprimé mais non guéri par la quinine et son indication caractéristique réside dans le moment d'apparition du frisson.
Celui de Natrum apparaît d'une façon caractéristique de 10 à 11 heures du matin.
[…]
La fièvre, le mal de tête et tous les autres symptômes de Natrum sont soulagés par la transpiration comme le sont aussi ceux d'Arsenicum. On rencontre aussi quelques symptômes nets aux extrémités. « Envies autour des ongles. » Le sujet Natrum en a toujours. L'engourdissement et le fourmillement des doigts et des orteils, de même que des lèvres et de la langue feraient aussi penser à Natrum. Les chevilles sont faibles et se tordent facilement particulièrement les enfants qui sont en retard pour apprendre à marcher. Tension douloureuse aux plis de flexion des membres comme si les tendons étaient trop courts. Ceci peut aboutir à une déformation réelle, comme Causticum, Guajacum et Cimex. En outre la colonne vertébrale est très irritable, sensible au toucher et cependant il y a soulagement par la pression forte, cela est accompagné de faiblesse des membres, de palpitations cardiaques et même de paralysie des extrémités. Cette faiblesse spinale peut conduire à une forme de débilité générale contre laquelle il n'y a pas de meilleur remède que Natrum mur. Les facultés mentales et physiques paraissent grandement affaiblies et le travail physique et mental se trouve diminué d'autant. Cet état peut progresser graduellement jusqu'à la paralysie, et peut être la conséquence d'un paludisme mal soigné, d'excès sexuels, de diphtérie, d'émotions déprimantes ou d'autres causes d'épuisement nerveux. »

(Extraits de Leaders in Homeopathic Therapeutics, 1898)
Présentation Appolline

Bonjour, bienvenue !

Essai Luésinum

Ouh là là on ne donne pas d'embl&eac[…]

C'est là un ensemble d'observations qui pou[…]

Merci parrain ....et marraine :lol: ça co[…]