par Afyon
-
#31490
G.Broussalian Présentation suite (5) Installation.Les Débuts

Libéré des Obligations Militaires le 26 Novembre 1956, après 26 mois de service actif, aux multiples affectations, je me trouvais dans une situation difficile. Mon père, usé par les épreuves depuis les tragiques événements génocidaires de 14-18, ne pouvait plus travailler.
Etant parisien, il m’était difficile, sinon impossible de trouver un appartement en location dans la capitale pour créer un cabinet. En plus, les quelques locaux vacants étaient à des prix inabordables. Évidemment mes moyens financiers très limités ne me permettaient absolument pas d’envisager un achat immobilier. La facile solution d’épouser une riche héritière ne m’effleurait même pas. Je ne voulais devoir qu’à moi-même la réussite ou l’échec dans ma vie professionnelle.
Je décidais donc de chercher un appartement en location en Province où les prix étaient nettement plus abordables. Mon choix délicat et difficile se porta finalement sur Grenoble. La région me plaisait pour sa vitalité et sa grande renommée estudiantine J’avais passé et apprécié deux mois de vacances forcées, en 1953, après une «primo infection tuberculeuse» dans les montagnes du Vercors, à Lans en Vercors précisément. De plus la Ville de Grenoble devenait une nouvelle Ville Universitaire avec un Centre Hospitalier Universitaire et une Faculté de Médecine, de plein exercice. En outre, j’avais dans la région, à Fontaine, dans la banlieue de Grenoble des cousins éloignés qui se proposaient à m’aider pour mon installation.
Ainsi je fis paraître dans le Dauphiné Libéré une annonce libellée : « Jeune médecin cherche à louer appartement cinq pièces à Grenoble. Ecrire au journal, sous le Numéro X ». Les réponses n’affluèrent pas en quantité. Je reçus une seule et unique offre, un appartement de cinq pièces, 15 Rue Eugène Faure, au deuxième étage avec ascenseur. Situé près de la Préfecture le local bien qu’ancien, mais propre, me convenait parfaitement.
Après une dure négociation, nous signâmes un bail de cinq ans. Des travaux de rafraichissements rapidement menés, nous déménageâmes de Paris et nous nous installâmes enfin à Grenoble, mes parents et moi. Etant fils unique, j’avais heureusement le soutien gracieux et indéfectible de mes parents. Mon père prît en charge, les commissions et le chauffage à charbon de l’appartement. Ma mère devint ma dévouée secrétaire. Elle prenait note des téléphones et des rendez-vous. Née en 1908, rescapée du Génocide de 1915, elle n’avait pas fréquenté les écoles très longtemps. Sa connaissance approximative de la langue française était sommaire et lui rendait difficile les notations, les noms et la précision des adresses.
Je pris la garde de nuit de Grenoble deux fois, une semaine entière à chaque fois. Les visites s’effectuaient avec un pompier à bord de leur véhicule de secours. La sécurité était théoriquement assurée, mais surtout la reconnaissance nocturne des lieux était ainsi grandement facilitée. Avec ces deux premières gardes, je réussis à démarrer et m’assurer un début, une ébauche de clientèle. Mes premiers patients d’urgence de la nuit, demeuraient à Sainte Marie d’en Haut. Dominant Grenoble, sur les premières pentes et lacets du Massif de Chartreuse, Sainte Marie d’en Haut était un ancien couvent désaffecté et très délabré. Il abritait toute une importante colonie de pauvres travailleurs immigrés, originaires du sud de l’Italie, exactement de Corato et Bari. Ces gens vivaient presqu’en communauté, ils se connaissaient tous et s’entraidaient aimablement les uns les autres. Un de mes premiers appels, Lotito Giovanni, soixante cinq ans, la nuit, en pleine crise d’O.A.P. me supplia entre deux râles : « Dottore no me mandate à l’ospedale, no ospedale, no ospedale, Dottore ! ». Docteur ne m’envoyez pas à l’hôpital ! Je pris mes responsabilités, le soignais de mon mieux et je ne l’expédiais pas aux urgences hospitalières. Le traitement que j’appliquais était celui que j’avais appris à la Faculté : Saignée, Ouabaïne, Morphine. Lotito Giovanni, reconnaissant de mon attitude courageuse, me resta fidèle et je le suivis tout au long de dix sept années. Je l’accompagnais, jusqu’à sa fin en 1973. A la suite de ma prestation efficace pour Lotito Giovanni, toute la sympathique petite colonie de Sainte Marie d’en Haut me fut acquise. Sainte Marie d’en Haut était devenu un peu mon fief privé, mon Pré Carré! J’y étais cordialement accueilli auprès de chaque famille. Je «montais » couramment et presque quotidiennement à l’ancien monastère pour y faire plusieurs visites dans la foulée.
Après ces deux premières gardes, encore, je vis débarquer, à mon cabinet, un autre patient toujours de l’ancien couvent de Sainte Marie d’en Haut. Âgé de quarante ans environ, Zino Zazza, à la chevelure d’une rousseur flamboyante était atteint d’une talalgie ancienne, rebelle, épouvantable. Zazza était venu impotent, ne pouvant poser le pied par terre, il hurlait de douleur. Il était soutenu d’un côté par son frère et son fils de l’autre. J’allais exercer sur lui, avec une grande émotion et frayeur, mes premiers véritables talents d’acupuncteur débutant. Pour m’instruire et m’encourager, j’avais lu, entretemps, les récits et les travaux étonnants du Docteur Louis Berlioz de La Côte Saint André en Isère, près de Grenoble. En effet, Louis Berlioz père de l’illustre Hector Berlioz, était médecin. Il était né en 1776 et il avait publié en 1811 un premier ouvrage en français sur la pratique de l’Acupuncture. Il fut le premier médecin à pratiquer, à vrai dire, plutôt, une « aiguillothérapie » empirique sur ses malades. Ne connaissant rien sur les méridiens de la Médecine chinoise, il piquait simplement et même très profondément des points douloureux ou, au hasard, sur la région épigastrique. Ses résultats étaient néanmoins troublants. Successivement, Laennec, Trousseau et Velpeau appliquèrent cette aiguillothérapie primitive. Mais il fallut attendre 1929, pour un travail scientifique sérieux par la publication dans « L’homéopathie Française » de « L’Acupuncture en Chine et la Réflexothérapie » par le grand Soulié de Morant.
Pour en revenir à mon pauvre malheureux talalgique, Zino Zazza, et fidèle aux bonnes recommandations du Docteur Khoubesserian je poncturais quelques points douloureux locaux et les quatre classiques Ro khou et Sann Li. A mon très grand étonnement et plus encore à celui de mon malade, Zazza, réussit à poser le pied par terre et esquisser même quelques pas hésitants, presque sans douleur. Rabillé, il repartit clopin clopant, mais sur ses deux pieds, sans soutien. Il descendit soulagé et heureux les escaliers en criant à tue tête : «Miracolo dottore, Miracolo, Miracolo !!! ».
Rapidement, le succès aidant, malgré mes traitements approximatifs, balbutiants et peut être surtout grâce au remède médecin, je pus acquérir un cabinet plus spacieux au 4 Cours de la Libération, le 1er janvier 1960. Parallèlement et depuis mon séjour sous les drapeaux, j’étudiais avec acharnement tous les jours les ouvrages d’homéopathie dont j’ai donné la liste plus haut. Effectuant de nombreuses visites à domicile, j’étais confronté le plus souvent à des cas aigus avec des symptômes peu nombreux, mais nets, tranchés. La prescription aigue me semblait d’un abord, d’une pratique plus facile. Je m’inspirais surtout du livre du Docteur Léon Vannier «Les Remèdes Homéopathiques des Etats Aigus». Dans cet ouvrage, l’auteur indiquait des diagnostics différentiels des remèdes au lit du malade. Il y avait une ébauche de sélection, de choix des remèdes. Les distinctions à respecter entre Aconit, Belladonna et Ferrum Phosphoricum étaient clairement exposés. Ou encore, Bryonia, Ipeca ou Sulfur étaient bien séparés. Léon Vannier nuançait également Arum Triphyllum, Phosphorus et Antimonium Tartaricum. Il insistait à bien différencier chacun d’entre eux et de ne pas donner plusieurs remèdes en même temps. Ces écrits contrastaient avec les publications de traitements de malades chroniques par des confrères dans «L’homéopathie Française». On y voyait des patients recevant plusieurs remèdes à la fois, sans indications nettes ou précises, dans une sorte de salade russe.
Cette période d’installation et de consolidation, de novembre 1956 au 1er janvier 1960, vit ainsi croître mon activité et mes rapides succès professionnels. Ils me permirent d’éponger rapidement mes dettes et d’acquérir, enfin, un beau cabinet. Durant cette période, j’exerçais une médecine hybride, mélange de mes connaissances universitaires et de mes maigres études personnelles d’homéopathie livresque et surtout d’acupuncture.
Une fois cette phase d’installation bien assise, je décidais de faire une conversion complète vers l’homéopathie. Je décidais de garder l’acupuncture comme une activité annexe et de me consacrer à l’homéopathie seule. La cosmogonie chinoise ne m’inspirait pas beaucoup, j’y étais même réfractaire. Je me sentais davantage attiré par une Médecine Naturelle Expérimentale et Scientifique comme notre homéopathie. Enfin, voyant que seul je ne pourrais pas beaucoup évoluer ou progresser, je partis à la recherche d’une école, d’un patron expérimenté. J’allais me convertir définitivement à la médecine homéopathique. Décision délibérée et irrévocable…
Ce sera l’objet du prochain exposé «La Conversion» (6)
par Cécile
#31498
Merci Dr Broussalian ! Quels débuts !!!!
Vous avez une plume vraiment très agréable à lire !
Et pour ma part, entendre parler de ces italiens installés en communauté et qui plus est de Bari ou de Corato, et c'est une larme timide qui jaillit........ car c'est de mes arrière grands-parents qu'il s'agit ;)
par Afyon
-
#31500
Oui, Merci Cécile,
J'ai beaucoup appris de ces pauvres immigrés italiens de Sainte Marie d'en Haut.
Des leçons d'humanité de convivialité, de tolérance et d'amitié sans contrepartie, sans calculs.
je repartais souvent de là Haut, avec des gnocchis ou des pâtes faites à la main par la Mama!!
Sans parler du boccal, du haut de l'armoire, de la sauce tomate en conserve maison!!!
Ces gens simples me restèrent attachés toute ma carrière.
il y avait en eux, surtout chez les jeunes femmes une élégance vestimentaire naturelle, malgré de faibles moyens.
Un profond désir de bâtir la maison, de construire, d'orner leur foyer, de fleurir leur demeure.
Enfin, un respect et l'écoute des anciens, un profond respect et attachement à la famille.
Et aussi une ferveur religieuse sans ostentation, sans fondamentalisme, ni exclusion.
Ce sont parmi mes souvenirs les plus beaux de ma vie.
G. Broussalian
par Afyon
-
#33868
Bonjour lola Menthe,
Heureux d'apprendre votre naissance à l'Hôpital Militaire de Grenoble-La tronche.
Mes enfants, Edouard et Henri ont vu le jour à la Clinique des Alpes, voisine de l'hôpital Militaire.
Edouard en 1965 et Henri en 1965.
Que de de Beaux Souvenirs
par Gyromède
-
#33878
Afyon a écrit :Bonjour lola Menthe,
Heureux d'apprendre votre naissance à l'Hôpital Militaire de Grenoble-La tronche.
Mes enfants, Edouard et Henri ont vu le jour à la Clinique des Alpes, voisine de l'hôpital Militaire.
Edouard en 1965 et Henri en 1965.
Que de de Beaux Souvenirs
Alors on ne sait pas qui d'Edouard ou d'Henri est l'ainé.

Dès 1830 Hering écrivait : « […]

Questions à la communauté

Un grand merci pour ces reponses

Bonjour, Petite question tirée de l'observ[…]

Je vous tire ma révérence Madame Ka[…]