par Afyon
-
#35483
Traduction Pratique du Répertoire (8)
Cette traduction, téméraire et folle entreprise solitaire, ne fut possible qu’avec une véritable ferveur, une foi passionnelle, jointe à une activité démesurée. Egalement nécessaire, une assistance familiale totale, sans défaillance, sans limite.
Dans sa Préface du Premier Répertoire de Kent en français, le Professeur Jean Charles Reymond m’avait dédié ces quelques aimables et véridiques propos :
« Pour s’atteler à cette immense tâche, il fallait plus qu’une ardeur, une véritable foi. Ce qui fait que l’auteur a pu la mener à bien avec tant d’éclat, c’est que précisément il bénéficie de la foi des convertis ».
Je vais maintenant narrer ce long processus qui m’a conduit à entreprendre et terminer cet immense travail unique.
Comme je l’ai écrit plus haut, je suis entré en possession d’un premier Répertoire de Kent en Anglais dès 1959, aussitôt après avoir assisté à mon premier cours du Docteur Pierre Schmidt à Lyon chez le Docteur Paul Nogier.
Ma réaction immédiate, après avoir parcouru cet immense ouvrage de 1436 pages fut un réflexe de rejet pur et simple. je renvoyais quelques jours plus tard ce gros livre aux Laboratoires Dolisos.
Mais revenant, ultérieurement, sur ma décision irréfléchie, et, avec l’ardent désir de poursuivre et parfaire l’Enseignement de Pierre Schmidt, à nouveau, je décidais de recommander cet ouvrage princeps de Kent.
Débutant homéopathe, je ne savais absolument pas quelle valeur ce Répertoire de Kent pouvait représenter effectivement pour l’homéopathie. Il était le meilleur parmi de nombreuses publications similaires. Bien sûr, je n’avais jamais entendu parler du Boericke, du Knerr, ni du Bonninghausen ! J’avais sous les yeux, lz Répertoire de Kent, le plus complet, le plus répandu, le plus pratique, le plus usité de tous les Répertoires, et je ne le savais pas! J’eus donc la chance, si je puis dire, d’avoir d’emblée entre les mains, de connaître immédiatement, du premier coup, l’ouvrage le plus utile, le plus efficace. Grâce en soit rendue à mon Maître Pierre Schmidt.
Si j’étais fasciné par l’ampleur phénoménale du travail, sa richesse, sa conception, il m’était insupportable de voir ce monceau, cet amoncellement de symptômes en un fatras sans ordre, pêle-mêle et incohérent. Bien sûr j’admirais, sans contestation possible, la valeur inestimable du travail du grand Kent.
La réunion, la sélection, la valorisation de tous ces remèdes dans chaque rubrique représentait une somme énorme de travail, de recherche et d’expérience personnelle absolument inestimables. Il est évident qu’il y avait là aussi une besogne collective, immense de Kent et ses élèves. Mais ce mélange confus où voisinaient allègrement des signes lésionnels avec des signes subjectifs, des sensations de toutes natures m’était intolérable. Pour rechercher un symptôme, pour savoir s’il était décrit dans le Répertoire, il fallait feuilleter sans cesse le volumineux ouvrage.
Comme je l’ai dit, dès le départ, mon but était de transformer ce Répertoire en un ouvrage plus clair. Mon rêve était de forger un outil, un livre facile à consulter par le médecin, seul, dans son cabinet, face à son malade. Je voulais m’affranchir de la domination, de l’autorité sans égale, de la parole du Maître incontesté.
Je ne reviendrais pas sur la présentation cartésienne des symptômes déjà décrite. Non plus, sur l’adjonction des Plans, des Tables, des Sommaires précédant les Sections. Tout cela constituait une innovation sacrilège et révolutionnaire qui devait m’attirer l’opposition, l’inimitié et même l’hostilité ultérieure du Patron et de tous ses élèves.
Quelle audace, comment un «illustre inconnu, un homéopathe débutant» ose se comparer au grand personnage connaissant le mieux, le plus au courant des moindres détails et de toutes les subtilités du Répertoire de Kent en Anglais!
Venons-en à la réalisation pratique du travail en lui-même. Jeune médecin à l’activité professionnelle déjà importante, je faisais mes visites à domicile le matin et je consultais au cabinet l’après midi. Facilement dix à douze visites quotidiennes et une vingtaine de consultants au moins chaque jour. Je pratiquais, bien sûr, l’allopathie, essayant d’incorporer des remèdes homéopathiques dans mes prescriptions suivant mes faibles, nouvelles et maigres connaissances. Au fil du travail de traduction, j’apprenais aussi chaque jour des notions plus précises sur la pratique de l’homéopathie.
Surtout l’exercice de plus en plus fréquent de l’Acupuncture dans ma clientèle me permettait, déjà, de soustraire à mes malades la prise de remèdes inutiles.
S’attaquer tout seul à une telle traduction était une folie insensée, inimaginable. Kent était un grand médecin expérimenté, il avait des nombreux élèves et assistants pour lui venir en aide. Moi, je n’avais pratiquement aucune connaissance solide et je n’avais personne. J’étais seulement animé d’un grand enthousiasme, j’avais une ferveur et une détermination absolue. C’était tout, mais c’était un peu léger tout de même!
Pratiquement, traduire le titre d’une rubrique et copier ensuite tous les remèdes présents dans la liste, parfois plus de deux cents constituait un travail titanesque. Il n’y avait pas de photocopieuses à l’époque pour alléger ce banal travail ingrat de copiste! Mais, grâce à mon esprit débrouillard, ingénieux, pragmatique, j’allais imaginer un stratagème, une habile et toute simple solution.
J’eus l’idée, bien originale, d’acquérir en plus du Répertoire anglais modèle devant mes yeux, deux autres Répertoires également en Anglais. L’un placé, sur ma table, à ma gauche me servait pour découper les pages impaires, et, l’autre à ma droite, pour couper les pages paires. Ensuite, sur un carton Bristol je notais le titre de la traduction de la rubrique en Français et je collais sur ce carton les listes de remèdes découpées et extraites des deux Répertoires anglais sacrifiés. Chaque Bristol contenant une rubrique était mis de côté pour son classement ultérieur dans l’ordre alphabétique français. Bref, la traduction occupait une masse, un nombre élevé de Bristol. A la fin, il y en eut une lourde valise très pesante de plusieurs milliers de carton !
Tout en consultant mes patients, avec une attention plus ou moins distraite, ciseaux et colle à la main, mes malades s’étonnaient sérieusement de voir leur médecin tailler et coller sans arrêt des petits bouts de papier. Dans la ville on disait même que Broussalian n’était pas « très normal », qu’il commençait «à perdre la carte ou les pédales ».
Il convient de restituer ce labeur insensé dans son contexte familial et professionnel. Emporté par un élan irrésistible, animé d’une conviction se renforçant au fil des jours et désirant mener à bien cette tâche immense, je ne comptais plus mes heures d’activité. Je dormais à peine plus d’une heure ou deux par nuit. Négligeant les sages conseils de modération et prudence de mon épouse Madeleine adorée et de mes vieux parents, je fus rappelé brutalement à la dure réalité.
Un soir, vers vingt trois heures, rentrant d’une dernière des douze ou treize longues visites à domicile de la journée, un vertige soudain, comme une ivresse et des fortes nausées, me fit trembler, vaciller et trébucher. Finalement, je me retrouvais par terre, vomissant, étourdi, sur le trottoir de la rue François Coppée, devant la maison où je venais de visiter mon dernier patient, mon petit neveu malade, le jeune Jean Jacques.
Je rentrais difficilement à la maison. Je ne pus fermer l’œil, perturbé par les vertiges, les nausées et les vomissements. Toute la nuit un état vertigineux persistât avec une vision des objets nettement perturbée. Je voyais la tringle horizontale des rideaux de ma chambre animée d’un mouvement incessant de haut en bas. Le matin, le Professeur Jean Charles Reymond suspendant toutes ses opérations en clinique vint m’examiner et me soigner. A l’examen neurologique, outre l’incoordination motrice légère, il mit en évidence un très net nystagmus. Après consultation avec un confrère neurologue et un EEG, ils me prescrivirent un impératif de repos absolu, au lit, pendant au moins quinze jours.
Hypertendu constitutionnel connu, ancien et sans doute aggravé par une activité désordonnée et débordante, j’avais évidemment fait un A.I.T. mineur, transitoire. Heureusement une ischémie limitée au niveau du tronc cérébelleux et qui ne laissât aucune séquelle. A la suite de ce fâcheux contre temps de santé, je décidais de ne plus faire de visites à domicile. Je restreignais partiellement mon activité extérieure pour me consacrer encore plus à mes consultants et au Répertoire. Il n’était absolument pas question d’arrêter la Traduction. Bien au contraire, acharné, j’y consacrais encore plus de temps…
Ainsi contre vents et marées, après un travail opiniâtre, je terminais la Traduction vers la fin Novembre 1964 au milieu des grands froids alpestres.
A la fin de mon long travail, il y avait dix petites rubriques que je n’arrivais pas à traduire exactement, malgré la consultation éclairée de deux agrégées universitaires Grenoblois de la langue de Shakespeare…
J’avais aussi dans cette Traduction mis à part toutes les Alternances et la Grossesse. Deux simples et logiques innovations, à but purement utiles ou pratiques. Après les symptômes Généraux qui marquaient la fin de l’ouvrage en anglais, j’avais ajouté deux nouvelles Sections. L’une s’intitulait «Alternances» et l’autre «Grossesse et Obstétricie».
Je n’insisterai pas sur l’importance des Alternances pour le praticien. Le fait de réunir toutes les Alternances éparses dans le Répertoire, leur donnait un relief saisissant. En un coup d’œil, ces dix pages d’Alternances mettaient en valeur tous les choix judicieux de Kent.
En outre, avec la nouvelle Section de huit pages concernant la Grossesse, j’avais un outil commode pour suivre, surveiller et surtout traiter, avec des remèdes homéopathiques, mes patientes gravidiques. Oui, dans mes débuts, pour gagner ma vie, j’avais mis au monde plus de cent petits dauphinois et dauphinoises!
L’ouvrage enfin terminé, en décembre 1964, je pris ma plus belle plume, la plus respectueuse et la plus raffinée, pour adresser une lettre à mon Maître Pierre Schmidt, 17 rue Töepffer, 1206 Genève.
Dans mon courrier soigné j’expliquais avoir réalisé, seul, la Traduction de tout le Répertoire et que seulement dix petites rubriques rebelles résistaient à ma version. Bien sûr, dans le courrier, sur un document joint, je consignais la liste dactylographiée des dix points dont je demandais poliment la solution.
Je signalais aussi avoir séparés et réunis, les Alternances et la Grossesse en deux nouvelles Sections. Je me proposais de lui soumettre aussi ce travail innovant.
J’expliquais encore dans ma lettre, à bas bruit, très subrepticement, que j’avais scindé le livre en symptômes subjectifs, objectifs et lésionnels. Je savais que cela ne plairait pas à mon Patron. Oser un reclassement, une refondation, un remaniement, constituait un bouleversement, une révolution complète du Répertoire ! Pour le Maître, ce serait incontestablement une hérésie impardonnable, j’en étais sûr.
Accessoirement je demandais au Patron s’il ne lui restait pas un exemplaire de « Science et Art de l’Homéopathie » de Kent qui n’avait pas été encre réédité.
A la fin, cette lettre explosive, au contenu inattendu à mon Maître, je l’enveloppais, par politesse, avec mes vœux de Bonne et Heureuse Année 1965…
Je ne terminerai pas sans signaler la situation, le contexte familial dans lequel fut rédigée cette importante lettre. C’est mon épouse bien aimée Madeleine qui la frappât, avec sa grande adresse et célérité, sur une très vénérable machine à écrire «Remington», non électronique encore ! Madeleine était, avant notre mariage, secrétaire à l’Etat Civil en la Mairie du quatorzième arrondissement de Paris. Les machines à écrire lui étaient bien familières et elle avait une frappe experte et ultra rapide. Elle tapait aussi tout le courrier avec notre petit Edouard qui n’avait pas encore trois ans et qui s’agrippait souvent à ses jupes au cours du travail.
En plus de ses qualités indéniables de mère de famille, de dactylo, Madeleine, était aussi mon assistante dévouée au cabinet. Les malades l’adoraient, se confiaient souvent à elle. C’était comme une véritable « public relation », véritable auxiliaire médicale aidant surement à la guérison de nos patients.
Ici, je rends hommage et remerciements à ma regrettée Madeleine dont, sans l’indéfectible aide morale et matérielle, je n’aurais pu mener à bien cet immense travail.
La lettre expédiée, nous attendions fébrilement la réponse du Maître. Cela constituera la suite « la Visite chez le Patron, le Docteur Pierre Schmidt (9) ».
par Anne
#35504
E-POUS-TOU-FLANT ! Quel travail, quelle humilité, quelle passion Mr.Broussalian. Je suis tout simplement admirative. Merci pour tout ce que vous avez entrepris au nom de l'Homéopathie...
J'attends bien sûr vivement la réponse de du Grand Maître Schmidt !!
Anne
#35528
Bonjour Dr G. Broussalian,

Vous avez réalisé un travail de Titan et fait avancer la véritable homéopathie envers les élèves qui n'ont malheureusement pas étudiés l'anglais. A la lecture de votre récit, je me dis que les "Broussalian" ont un cerveau hors du commun de même qu'une énergie hors norme et dotés d'une humilité peu commune. Cela ne peut que forcer l'admiration des homéopathes qui vous lisent et, nous ne vous remercieront jamais assez.
Nous attendons avec impatience la suite avec le Patron.
C'est avec votre édition de 1966 que j'ai débuté mais un peu sauvagement je dois l'avouer.
Aujourd'hui, il se trouve dans un état bien usé, recollé à divers endroits, mais oh ! combien il m'est cher.

Continuez à nous émerveiller.
Bien cordialement.
Lyco
#35610
Pas très charitable de nous laisser en plein suspens ! :)
Me voilà condamnée à attendre la suite...
#35632
Merci Christel pour votre impatience.
Cela m'engage à poursuivre ce travail de mémoire.
Vous allez être servi...
Vous allez voir que six ans de travail acharné n'ont reçu aucune reconnaissance du Maître.
Ce ne fût pas un long fleuve tranquille.
Entre oubli, indifférence et hostilité générale j'ai tout vécu.
Mais heureusement sur mon chemin deux amis inattendus m'ont aidé, soutenu.
Ils ont été les précurseurs fidèles de la Reconnaissance Finale.
Merci Edouard, merci Christel et merci vous tous les jeunes de m'obliger à remémorer tout ce passé.
Cela fait cinquante ans déjà, un demi siècle que tout cela est arrivé.
Comme les choses ont changé !!!

Bonsoir Pauline, Le premier réflexe &agrav[…]

craquements et fissures

CORRECTION a l’arthrographie , Le mé[…]

PCKent Abonnement

Chers Amis, Je vous rappelle, pour tous ceux qui h[…]

PRESENTATION

Bonjour JL, Bienvenue parmi nous ! Justement, Ca[…]