#70154
On croyait avoir compris. Il apparaît que non. Au vu de l'actualité de l'année 2022, le conflit à mort est revenu en Europe, cœur de l'Occident.

Je vous propose de relire un classique de notre culture : Héraclite
Il s'agit du fragment 110 (ou 43)
"Le combat est père et roi de tous les êtres. Des uns il fait des Dieux, des autres des hommes. Il rend les uns esclaves, les autres libres".

Vous n'êtes pas tellement plus avancé ?
Notre société de sécurité et de progrès nie tout simplement l'opposition qui est à la base de la vie. Ça revient en boomerang.
À défaut d'accueillir la vie sous toutes ses formes, ne subsiste que la mort, libératrice.

Plus sérieusement, si ce sujet vous intéresse, je vous invite à lire les deux extraits recopiés ci-dessous. Le premier, se referant aux travaux du philosophe tchèque Patočka (1907-1977), est comme une tentative de rationalisation. Le deuxième, du mystique contemporain québécois Jean Bouchart d'Orgeval, aborde le sujet de ce paradoxe avec humour en révélant l'essentiel.

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1) "Polemos est père de toutes choses"
Guerre et histoire chez Patočka


(...)
Relisant dans des « pages étonnantes » Jünger et Teilhard de Chardin, Patočka développe une lecture philosophique du front qui va dans le sens de cet ébranlement problématique du monde de la vie. Il n’hésite pas à voir en effet dans cette épreuve terrible, geyser de feu et de fer, une sorte d’expérience intérieure, une Erlebnis profonde, nocturne, une forme de transfiguration de l’existence qui ne laisse rien en l’état : « La découverte la plus profonde du front, c’est cette avancée de la vie dans la nuit, le combat et la mort […] ; c’est la transformation du sens de la vie qui heurte ici au néant, à la frontière infranchissable qui est la figure du tout ». Avec une certaine grandiloquence, Patočka confère à l’expérience de la guerre un sens philosophique, voire métaphysique. Il dépasse ainsi la vision pessimiste de l’absurdité de la guerre où l’homme ne ressent qu’une « expérience du non-sens et un effroi insoutenable ». Il décrit plutôt l’expérience du front comme une conversion spirituelle, une « metanoia » de l’âme qui arrache l’homme à la certitude rassurante et non historique du quotidien, qu’organise la puissance du jour. Si la décision philosophique de s’arracher à l’étant, et à la pensée qui le domine, n’appartient qu’à quelques-uns, les héros philosophiques et politiques, la guerre fait office pour le plus grand nombre d’une révélation commune et massive qui convainc, au milieu des cadavres et des cendres, qu’il y a autre chose que cet étant calculable et manipulable, autre chose qu’un « magasin de forces ». Patočka n’hésite donc pas à voir dans la guerre une chance, la possibilité d’un revirement existentiel de l’homme qui, face au néant de la vie et du sens, se détache d’une certaine logique réductrice et totalitaire qui les gouvernait, celle du jour, de la rationalité instrumentale et du Gestell, pour s’ouvrir tragiquement à un horizon problématique, celui de l’historicité elle-même. Mais le prix à payer de cette révélation n’est-il pas trop lourd ? Seule une catastrophe peut-elle nous sauver ?

(...) Mais, tout en condamnant avec force le caractère instrumental de la guerre techno-scientifique comme moyen de consolidation de l’ordre vital (lequel n’est qu’une « guerre larvée »), Patočka ne s’appuie-t-il pas lui aussi sur une certaine conception médiale de la guerre en en faisant le moment révélateur de dépassement de l’étant ? Dans la perspective du jour, la guerre sert à obtenir une paix future (la foutaise d’un monde meilleur qui n’est autre que le même régi par le même), dans la perspective de la nuit, à révéler l’au-delà de l’étant et de la force. Elle n’est donc pas tout à fait dans le second cas un sacrifice pour rien. C’est seulement dans la perspective du jour, et donc de l’étant, qu’elle apparaît comme négativité totale. En tant que sacrifice authentique et radical, elle possède une positivité. Il s’agit cependant d’une positivité spéciale qui ne renvoie pas à l’être posé, connu et utilisable. C’est celle de la liberté, d’une liberté qui s’affirme dans la négativité totale et dans le rejet de toute médialité. La guerre n’est pas un moyen en vue de, de la paix, de la sauvegarde d’une société ou des siens, mais une guerre pour la guerre, guerre absolue qui ouvre la liberté humaine dans le dessaisissement de soi :
Cette liberté absolue, c’est la compréhension que quelque chose là a d’ores et déjà été atteint, quelque chose qui n’est pas un moyen en vue d’autre chose, qui n’est pas une étape vers…, quelque chose au-delà et au-dessus de quoi il ne peut rien y avoir. Le sommet est là même, dans ce dessaisissement de soi auquel les hommes sont appelés, pour lequel ils sont arrachés à leur emploi, à leurs talents, à leurs possibilités, à leur avenir.
(...)

Article complet, foisonnant : https://journals.openedition.org/alter/461

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2) Héraclite La lumière de l'obscur, traduction et commentaires, par Jean Bouchart d'Orgeval, 235p. - éd. Le Relié Poche

Fragment 109 (ou 80)
Il convient de savoir que le combat est universel et la lutte justice, et que toutes les choses arrivent par opposition et nécessité.
(...)

Fragment 110 (ou 43)
Le combat est père et roi de tous les êtres. Des uns il fait des Dieux, des autres des hommes. Il rend les uns esclaves, les autres libres.
Ce n'est pas que la guerre, ou le combat (polémos), prend un homme libre et le fait esclave, ou qu'il prend un homme et en fait un dieu, ou le contraire. Cela c'est la lecture horizontale que fait d'une telle pensée l'homme de l'apparence. En réalité, le combat crée tous ces personnages. Ce ne sont pas les hommes et les dieux qui créent le combat, c'est le contraire. Le combat est le sport divin, le grand jeu. Les hommes et les dieux sont les figures du rêve ; c'est le rêve qui crée les personnages du rêve, non le contraire. La difficulté est que nous ramenons tout à notre perspective d'individu ; nous essayons de comprendre le rêve en demeurant un de ses personnages, une de ses créatures. "Le combat est père et roi de tous les êtres": voilà un langage très fort. Il n'y a pas lieu de dramatiser quoi que ce soit : tout est combat, la joute, le sport. Il convient de mettre un peu d'humour dans nos vies dramatiques. Il n'y a que le Grand Vivant.

Fragment 111 (ou 8)
Les opposés s'accordent ; de ce qui diffère vient la plus belle harmonie.
(...)
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