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par Edouard Troesch
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#44096
Le pharmacien de France - N°1262 - Juillet-Août 2014 - Fanny Rey

Soumise à des coups de boutoir à répétition, la thérapeutique homéopathique serait menacée de disparition. C’est du moins la conviction d’une minorité de ses praticiens, qui voient dans le processus de réévaluation de la pharmacopée le coup de grâce. Explications.

Menace récurrente de déremboursement, polémique inextinguible concernant son absence de fondement médical, disparition de souches anciennes, non-évolution de la pharmacopée homéopathique française... À cette sombre toile de fond pour l’homéopathie s’est ajoutée depuis mars 2001 une procédure d’enregistrement homéopathique (EH) qui impose aux 1 163 souches remboursables répertoriées en France de passer sous les fourches caudines de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).
Une situation qui attise les différends entre homéopathes. Le courant uniciste, qui représente 15% des praticiens, s’appuient sur l’ensemble du répertoire et prescrivent un seul remède à la fois, y voit une tentative supplémentaire de sabrer le nombre de souches et réduire l’éventail des dilutions disponibles sur le marché, allant jusqu’à évoquer la disparition de 75% des remèdes homéopathiques. « Quand Boiron, en situation de quasi-monopole dans le pays, obtient un enregistrement homéopathique, le laboratoire choisit ce qu’il va commercialiser et ne va vendre que les dilutions rentables. C’était le meilleur moyen pour tuer l’homéopathie telle que nous la pratiquons. En tant qu’unicistes, tenant compte de l’individu dans son ensemble, nous sommes les premiers concernés par ce qui se passe, par opposition aux pluralistes, qui appliquent des recettes à tout le monde », résume Didier Grandgeorge. Une menace qui a mené ce pédiatre basé à Fréjus à lancer en janvier 2013 une pétition pour la sauvegarde de la médecine homéopathique – qui a recueilli quelque 80 000 signatures – et à rencontrer les plus hautes instances de santé avec deux confrères varois, six mois plus tard. Leurs doléances sont restées lettre morte mais Jean-Louis Ode, l’un de ces médecins frondeurs, n’en démord pas : vouloir soumettre les remèdes homéopathiques aux mêmes exigences d’évaluation que les médicaments allopathiques constitue une aberration. Pour ce généraliste, « il y a un véritable danger à vouloir tout normaliser : en demandant à un remède homéopathique d’avoir des indications et de devenir un médicament, on finit par restreindre son utilisation en se fixant un symptôme à traiter, alors que tout homéopathe traite un individu unique dans la totalité des symptômes exprimés, et a donc besoin pour ce faire du maximum de remèdes possibles. Par ailleurs, qui dit indications, médicaments et traitements, dit restriction de la pratique de l’homéopathie aux seuls médecins certifiés par les facultés. Si cela se confirmait, la médecine homéopathique serait alors en grand danger ».
Si la procédure d’enregistrement a officiellement débuté il y a treize ans, l’affaire secoue le microcosme depuis début 2013, du fait d’un afflux de décisions concernant les EH et de la diffusion aux professionnels de santé d’une nomenclature des enregistrements par Boiron. « Elle les a mis devant la réalité des spécialités à nom commun disponibles pour chacune des souches enregistrées, qui correspondent à 97 % des prescriptions. Certains ont cru que c’était l’intégralité de notre offre ! », souligne Anabelle Flory-Boiron, directrice générale France du groupe, pour expliquer ce qui relève selon elle d’un malentendu : « Ce qui est réel comme changement pour les médecins, c’est que désormais, ils doivent se soucier de ce qui est commercialisé. » De fait, l’offre s’est recentrée sur les dilutions courantes (4, 5, 7, 9, 12, 15 et 30 CH).
C’est précisément ce recadrage sur les souches, les dilutions et les spécialités les plus rentables – à l’image d’Oscillococcinum, de Stodal et autres Homéoplasmine, grâce auxquelles le laboratoire réalise la moitié de son chiffre d’affaires – que dénoncent les homéopathes unicistes. « Il y a eu un choix délibéré de restreindre l’offre. Cela n’a rien à voir avec la réglementation européenne ; c’est un choix stratégique », confirme-t-on à l’ANSM. Une contrariété supplémentaire de la part du géant pharmaceutique à qui les unicistes reprochent d’avoir remodelé le paysage homéopathique français. « Depuis son entrée en Bourse, en 1987, la volonté d’augmenter la valeur du groupe a entraîné une rupture des engagements. Lors du rachat de Dolisos, en 2005, Boiron s’était engagé à conserver la totalité des souches, ce qui n’a pas été le cas.
Aujourd’hui, il profite clairement de la nouvelle donne pour rentabiliser sa chaîne de production », note Jean-Louis Ode. Et ce, alors que le groupe, en pleine reconfiguration depuis le retour de Christian Boiron aux manettes en juillet 2011, affiche une santé financière éclatante, avec un chiffre d’affaires (CA) en hausse de 9% en 2013, à 618 millions d’euros – dont 45 % réalisés à l’exportation. « Le cours de l’action Boiron a bondi de 250 % en un an et demi. Dans le même temps, avec l’automatisation, on réduit le personnel. C’est la rentabilité avant tout, dans l’optique d’une éventuelle revente », analyse Didier Grandgeorge.
Chez le numéro un mondial de l’homéopathie, l’heure est à la chasse aux gaspis pour financer les investissements en recherche alors que le groupe a fait l’objet de trois class-actions en Amérique du Nord. Pas de quoi évoquer une réduction drastique de l’offre, selon Géraldine Garayt, pharmacienne chargée de l’information médicale chez Boiron. « Nous n’avons aucun intérêt à nous tirer une balle dans le pied, 70% de notre CA étant lié à une prescription de médecins. Boiron commercialise environ 3 000 souches, dont 2 000 non remboursables et non couvertes pour le moment par l’enregistrement, parmi lesquelles aucune n’a été supprimée. » « Pour chaque souche enregistrée, nous prenons en compte la réalité des prescriptions pour décider des références qui seront commercialisées, et donc fabriquées en séries industrielles comme exigé par l’EH, en concertation avec des médecins représentant les différents courants de l’homéopathie, se défend Anabelle Flory-Boiron. Pour les souches rares pour lesquelles nous demandons également un enregistrement, nous faisons l’effort de fabriquer au moins une série industrielle malgré le peu d’unités vendues chaque année et donc la forte probabilité de destruction au moment de la péremption. » C’est le cas par exemple d’Asclepias vincetoxinum tube 5 CH ou d’Acetanilidum tube 5 CH.
À la mi-2014, Boiron avait déposé quelque 956 dossiers à l’ANSM. « Nous avons déjà obtenu un peu plus de 270 EH, précise Géraldine Garayt. Seules vingt-huit souches ont été abrogées faute de justification de leur caractère homéopathique ». Douze l’ont été suite à l’analyse du dossier par l’ANSM, seize suite au non-dépôt de dossier par Boiron en l’absence de justification suffisante de l’usage traditionnel en homéopathie. Il est parfois difficile de trouver des références bibliographiques justifiant l’usage homéopathique. Et de citer l’exemple de Pilosella, abrogée alors qu’elle ne posait aucun problème en matière de qualité et de toxicité. Au final, une quarantaine de souches ne feront pas l’objet d’un dossier. Auxquelles s’ajoutent une vingtaine de souches arrêtées ces vingt dernières années pour motifs pharmaceutiques, notamment du fait d’une difficulté ou d’une impossibilité l’approvisionnement – à l’image du DTTAB, une souche fabriquée à partir d’un vaccin aujourd’hui indisponible auprès de son fabricant – ou faute de garantir la sécurité virale au regard de la réglementation en vigueur, à l’instar de Calculi biliarii. Soit environ 2 % des souches produites par le laboratoire, où l’on insiste sur leur caractère marginal.
Au Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF), à dominante pluraliste, on confirme : « Très peu de souches ont été écartées et il s’agit des moins prescrites, relève Charles Bentz, son secrétaire général. Les préparatoires peuvent d’ailleurs continuer à fabriquer. La préservation du statut homéopathique est plus préoccupante que les quelques désagréments engendrés par cette procédure d’enregistrement. » Et pourtant... Les unicistes et leurs patients ne seraient pas les seuls à pâtir de cette contraction de l’offre : à l’ANSM, on fait état de nombreuses inquiétudes exprimées par des parlementaires et des pluralistes depuis début 2013. Poussant les praticiens à des pratiques borderline, entre activité de propharmacien et incitation à aller s’approvisionner à l’étranger : en Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Grande-Bretagne ou en Autriche, où la pharmacie Remedia met à disposition les 5 500 souches de la Pharmacopée européenne. « Aujourd’hui, les patients s’adaptent, grâce à la trentaine de pharmacies en France capables de leur fournir les remèdes qui leur sont prescrits ou s’approvisionnent à l’étranger », confirme Laurent Guillerault, cotitulaire à la pharmacie des Comtes, sous-traitant en préparations homéopathiques, à Port-de-Bouc.
Au-delà de la querelle de clocher opposant tenants d’un traitement sur mesure et partisans d’une réponse
symptomatique, le problème aurait des ramifications plus profondes. L’avenir de l’homéopathie traditionnelle serait menacé par le manque d’experts, numerus clausus oblige, et par une pratique en secteur conventionnel peu compatible avec une homéopathie uniciste exigeante et chronophage. Une situation corroborée par une offre de formation hétérogène.
« Le gros problème, c’est le recrutement chez les jeunes médecins, souligne Yves Maillé, vice-président de la Société savante d’homéopathie et membre du pôle enseignement à l’Institut national homéopathique français (INHF)-Paris. C’est toujours l’omerta sur l’homéopathie à la fac. Malgré l’intérêt mondial qu’elle suscite, il est hors de question d’avoir pignon sur rue! »
Last but not least : les difficultés que rencontrent les officines pour s’approvisionner en matière première. « Du fait du statut particulier des granules et doses homéopathiques qui relèvent des préparations magistrales, nous n’avons plus accès à l’intégralité des souches répertoriées dans la Pharmacopée européenne, Boiron ayant entrepris de déposer un dossier d’enregistrement pour chaque souche et ses dilutions correspondantes », indique Laurent Guillerault. Impossible aujourd’hui d’importer un produit dont la monographie ne figure pas dans la Pharmacopée de l’État. « Depuis que l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) a décidé d’encadrer les préparatoires, il est beaucoup plus compliqué de se procurer des souches hors de France », ajoute Didier Le Bail, vice-président du Syndicat national de la pharmacie homéopathique (SNPH).
Cette restriction de l’approvisionnement se double d’un casse-tête réglementaire concernant les teintures mères, à la charnière entre phytothérapie et homéopathie, qui font l’objet d’une procédure d’enregistrement distincte à l’ANSM. Non seulement la commercialisation de la teinture mère est suspendue pendant le temps de l’examen des dossiers soumis à EH mais, une fois le dossier d’autorisation de mise sur le marché examiné, se pose le problème de la justification de leur usage homéopathique. Résultat : nombre d’entre elles disparaissent de la nomenclature des laboratoires homéopathiques. « On observe que la plupart des teintures mères font l’objet d’un déremboursement : ne restent plus que les rentables. Or si le laboratoire arrête de fournir la teinture mère, la souche disparaît, souligne Didier Le Bail. Boiron et Lehning se sont engagés à fournir les souches nécessaires aux préparations. Mais quid des diluthèques une fois la date de péremption des produits commandés atteinte, pour les souches que les laboratoires ne produiront plus ? »
C’est la quadrature du cercle. « Boiron ne fabrique plus de teintures mères dès lors qu’elles sont assimilées à de la phytothérapie. D’où le problème des pharmaciens pour monter des remèdes, résume Laurent Guillerault. On s’engagerait bien sur une demande d’agrément d’importation de matière première, mais pour être crédible il faut une masse suffisante de prescripteurs, or leur nombre va en diminuant. Si on n’amorce pas la pompe, l’homéopathie va mourir de sa petite mort. »

http://www.lepharmaciendefrance.fr/arti ... omeopathie
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par Argentum
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#44098
Le manque de concurrence et le faible nombre d'intervenants sur marché quel qu'il soit, ce n'est jamais bon pour l'utilisateur de base en bout de chaine.

Merci beaucoup Edouard pour cet article.
par cyril41
Diplômé PH
#44444
Merci Edouard pour cet article, qui m'inspire cette petite réflexion : nous sommes passé maître dans l'art de compliquer les choses simples...On se protège d'un danger potentiel en uniformisant la réponse globale. Mais où est le danger ?
Au sujet des péremptions, on sait qu'un remède fabriqué dans les règles de l'art fonctionne des centaines d'années, alors pourquoi le jeter ? On connait les tenants et les aboutissants....On pourrait l'acheter au juste prix ? Et si c'est le statut de médicament qui pose problème pourquoi ne pas l'appeler autrement. De toute façon le mot même de médicament est auréolé de tant de messages contradictoires que ce ne serait pas vraiment gênant.
Aussi sur le sujet de la qualité des souches, les plus expérimentés l'on déjà remarqué mais modestement je commence seulement à découvrir que certaines souches ne marchent pas, ou encore plus bizarrement certaines dynamisations (il faut bien sûr en donner une seule à la fois pour s'en rendre compte, et le vérifier sur des personnes différentes, il n'y a pas qu'une histoire de seuil de sensibilité à mon avis), j'ai commencé à mettre une marque sur mes remèdes qui ont fonctionné incontestablement.
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par Argentum
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#44459
Au sujet des péremptions, on sait qu'un remède fabriqué dans les règles de l'art fonctionne des centaines d'années, alors pourquoi le jeter ? On connait les tenants et les aboutissants....On pourrait l'acheter au juste prix ? Et si c'est le statut de médicament qui pose problème pourquoi ne pas l'appeler autrement. Cyril 41


Je m'inscris en faux contre de telles affirmations !

Argentum
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par Argentum
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#44527
Non, une spécialité pharmaceutique, fut-elle fabriquée dans les règles de l'art et selon le respect des Bonnes Pratiques de Fabrication des médicaments à usage humain (BPF) ne conservera pas ses effets thérapeutiques indéfiniment
#44530
Merde alors je n'étais pas au courant! Je vais rappeler tous les malades que je traite depuis 5 ans avec les doses de Fincke, qui datent de 1905. J'ai dû être l'objet d'une hallucination en les observant fonctionner merveilleusement depuis si longtemps et sur de si nombreux cas.
par Emile
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#44541
Argentum doit avoir en tête la loi d'Arrhénius de la cinétique chimique faisant intervenir énergie d'activation et température absolue pour en déduire la vitesse des réactions. Mais en quoi peut-il être si sûr que l'information homéopathique sur son véhicule ne puisse que se dégrader au fil du temps et des changements de saison (température) alors qu'on sait bien par expérience qu'une simple secousse est capable de la faire se multiplier et occuper pratiquement tout le volume de son véhicule. Il n'est certainement pas si facile que ça de tuer l'information homéopathique.
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par Argentum
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#44542
A minima, la nature physico-chimique du support de l’information (ou le cas échéant du principe actif) quand ce n'est l'info elle-même ou la matière active évolue avec le temps d'où à l'arrivée des effets thérapeutiques différents voire carrément pas d'effet du tout. Peut-être des gens plus calés sur le sujet pourraient éventuellement nous en dire quelques mots
par Emile
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#44543
Le véhicule de cette information est vraisemblablement l'eau, mais sous une forme dont jusqu'à présent aucune description réductionniste n'est arrivée à rendre fidèlement compte. Alors dans ces cas-là, l'honnêteté intellectuelle ainsi que le véritable esprit scientifique veut que l'on s'en remette à l'observation des faits : des dynamisations homéopathiques de plus de 100 ans d'âge ont une action sur des gens sensibles. Ce ne sont pas aux faits de céder la préséance aux croyances ou aux limites de notre entendement.

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