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Dès 1830 Hering écrivait :
« A l'occasion de mes expériences sur le venin des serpents, j'ai émis la conjecture que le virus hydrophobique devait être un puissant agent pathogénétique [à l’instar du venin], et que l'on trouverait dans ce virus même, et peut-être dans le venin des reptiles, un remède plus sûr contre l'hydrophobie [viz. la maladie connue actuellement sous le nom de rage] que ceux que nous possédons déjà. J'ai présenté la même hypothèse à l'égard du virus variolique, qui pourrait fournir un moyen de remplacer la vaccine, dont les inconvénients sont toujours plus ou moins graves. »

Le courage est la première des qualités car elle garantit toutes les autres. (Aristote)
Dans la lignée du récit de Hering sur la capture du serpent Lachesis pour extraire son venin, à la recherche d’agents thérapeutiques puissants susceptibles de guérir les hommes, de les sauver parfois du sort funeste qui leur est réservé, voici traduit en français l'histoire presque effrayante où il relate cette fois les manœuvres employées pour arriver à prélever la bave … de la bouche d’un chien littéralement enragé.


Texte original ici : https://books.google.fr/books?id=AIpX1zq2cyUC
p.131-135

Dans les Archives de Stapf, vol. X, n° 2, imprimé en juin 1831, on trouve, à la page 27, une lettre de l'auteur datée du 18 juin 1830 : ”Le proving des venins de serpents pourrait ouvrir la voie à la prévention de l'hydrophobie et de la variole, par le proving de leur poison morbide respectif ;" et, à la page 30, la même chose est dite de la psore. Répété en 1833, Archives XIII, 3, page 32, écrit peu après l'arrivée à Philadelphie.

Au cours du premier été (1) passé dans un pays où l'on pouvait observer des chiens enragés, les grands efforts et les grandes promesses furent finalement récompensés ; et le 27 août 1833, un boulanger allemand (habitant New street, en bas de la troisième, côté nord), invita son médecin à venir chez lui pour examiner un chien. Il s'agissait d'un terrier brun châtain, de taille moyenne, âgé de deux ou trois ans au maximum, une femelle, avec des chiots de deux ou trois mois. Il avait été mordu dix jours auparavant (le 17 août), dans la rue, par un chien en fuite qui mordait tout le monde, et que l’on avait tué peu après pour cause de rage. Le propriétaire, en essayant de sauver son terrier, avait frappé l'étrange chien avec un bâton, après qu'il ait tué un des chiots, et s'était déjà emparé d'un autre. La mère, en défendant ses petits, avait reçu trois blessures sanglantes. Elle porta le cadavre de son chiot dans sa bouche depuis la de la rue jusqu'à la cour de la maison. Depuis, elle était quelque peu changée, mais elle continua à allaiter les chiots restants, dont l'un avait été mordu. Elle resta fidèle à sa nature jusqu'à la veille (26 août), lorsqu'elle commença à claquer la mâchoire et à mordre ses propres petits. Le maître soupçonneux la laissa dans la cour, attachée par une corde ; et à plusieurs reprises, elle mordit et essaya de se détacher. Son état s’aggrava bientôt et elle commença à mordre partout. Sa voix était complètement altérée. Le 26 août, dans la soirée, elle commença à hurler d'une manière particulière et à se précipiter contre les portes. Elle secouait beaucoup la tête et grattait le sol avec ses pattes avant ; puis elle tournait la tête d'une manière étrange. Elle mettait sa bouche dans l'eau placée devant elle, comme si elle essayait d'avaler mais n'y arrivait pas. Lorsqu'on la trouva le 27 août, elle était furieuse ; elle mordait et claquait la mâchoire, avait un regard sauvage, des yeux rouges injectés, de la salive mousseuse autour de la bouche, et semblait manifestement être au dernier stade de la maladie. Un tonneau de farine vide fut placé sur la chienne par derrière elle et, pour permettre de récupérer une partie de la salive, le tonneau fut soulevé d'un côté jusqu'à ce que la chienne, en essayant de s'échapper, sorte la tête entre le bord du tonneau et le sol. Elle semblait avoir des mouvements convulsifs, liés à la colère ou à la fureur ; mais alors qu'on utilisait une plume pour extraire le plus de salive possible de sa bouche et de ses dents (dont une partie serait mélangée dans du sucre de lait et une autre dans de l'alcool), les mouvements diminuèrent et la chienne resta couchée, silencieuse et épuisée, respirant rapidement et brièvement, les yeux fermés. Mais alors que la plume était toujours dans sa gueule, et que le boulanger tenait le tonneau, le chienne soudain se mit à bondir, à claquer des dents et à essayer de se remettre sur ses pattes ; mais son maître l’empêcha de s'échapper. Après avoir ramassé suffisamment de salive, la chienne fut autorisée à retirer sa tête ; et un poids lourd fut fixé sur le tonneau pour la maintenir en sécurité. Après avoir préparé une caisse, la chienne y fut introduite au moyen d’une corde, et ainsi transportée, avec les deux chiots, jusqu'à ma maison.

Le lendemain matin, la mère était morte, et aucun accord ne fut donné pour faire une autopsie. Les deux jeunes furent rendus au maître ; et depuis même le chiot mordu est resté en bonne santé. On leur avait fait inhaler le soir la 6e centésimale, tout juste préparée. Bien sûr, un vrai Hahnemannien n'en tirera jamais de conclusions, les détracteurs ayant dit : "Post hoc ergo propter hoc", ni jamais d’ailleurs le non moins insensé : ceci s’est produit, mais cela n'a pas pu être causé par cela.

La salive recueillie de cette manière fut triturée le même jour : une goutte avec cent grains (2) de sucre de lait, et, exactement selon la méthode de Hahnemann, préparée jusqu’à la 3e centésimale ; et, à l'aide d'un peu d'eau et d'alcool, puis avec de l'alcool seul, jusqu’à la 6e centésimale, et plus tard la 30e.

A partir de la teinture de la salive mise dans l'alcool, quelques semaines plus tard, une goutte a également été potentialisée de la manière habituelle, à des fins d'expériences comparatives. Tout le reste, recueilli sur des morceaux de plume pour l'inoculation, a été pris clandestinement une nuit par la maîtresse de maison (3) et jeté dans le feu.

Tout cela est relaté dans les détails comme un conseil aux autres personnes qui pourraient avoir la chance d'obtenir de la salive d'un autre chien. Il peut être utile de l'obtenir d'un mâle à titre de comparaison.

Des symptômes ont été observés pendant les heures de trituration, comme cela avait été le cas lors de la trituration du poison de Lachesis (4), et ils ont ensuite été confirmés lors des provings avec les basses dynamisations ; les sentiments très particuliers d'appréhension devinrent si intolérables que les hautes dynamisations furent préférées dans les provings ultérieurs. Rien n'a été écrit pour être publié dans les Archives avant mai 1834. Ceci fut imprimé au début de 1836, Archives, 15, 1, p.33. Un étudiant enthousiaste d'Allentown (5), un certain M. Schmid, fit un très bon proving ; et l'un de nos grands amis (un prover expérimenté, un ancien graveur, Behlert, de son nom, à l'époque un homme paralysé), persuada toutes ses connaissances, une douzaine de femmes et de filles, et quelques garçons, de réaliser les provings des préparations hautes. Aucun de ses provers ne connaissait l'origine de la drogue, et ils furent examinés chaque jour avec beaucoup de soin, selon les conseils de Hahnemann.

Il est très curieux que nous ayons ici une réplique faite par le chirurgien boiteux, le très calomnié Nenning (6), qui, en tant que chirurgien, n’ayant pas le droit de pratiquer la médecine en Bohême, était aidé par sa femme laquelle avait ouvert une boutique de modiste. Le noble Nenning utilisa alors toute son influence pour persuader les apprentis de sa femme de faire des provings. Il était très prudent dans ses examens et vérifications. Ainsi, presque toutes ses observations ont été confirmées.

Les provings de Lyssin par Behlert ont été confirmées par un fait très particulier. Pendant la longue période et le long contrôle des "sceptiques" au sein de notre école, de nombreuses guérisons ont été faites [avec Hydrophobinum], mais rien n'a été publié, sauf quelques-unes, mentionnées ailleurs.

Dans l'American Journal of Homeopathy du Dr S. R. Kirby, l'un des meilleurs journaux que notre école ait jamais eu, nous trouvons, Vol. VI, novembre 1851, p.102, une notice d'Alexis Eustaphiew, Esq. le Consul de Russie à New York, et auteur d'un pamphlet, Homeopathy Revealed. Dans le numéro du journal de Kirby du 8 décembre 1851, page 126, se trouve une lettre de l'auteur à l'éditeur. Il se présente comme celui qui a proposé de guérir tous les cas d'hydrophobie par "l'antidote efficace" ; et il écrit à Kirby que le fait qu'il n'ait pas eu l'occasion de le faire n'est pas une raison pour ne pas expérimenter Hydrophobinum et pour ne pas l'utiliser immédiatement, étant probablement le plus grand remède qui reste à trouver à la disposition de l'homéopathie, et il continue : "Pensez-y, cher docteur, et faites de votre mieux pour inciter quelque jeune étudiant zélé, plein de santé et de vigueur, à l'expérimenter ; et ainsi éloigner de la profession les stigmates de la lâcheté, en l'occurrence la négligence du premier des devoirs inculqués par leur glorieux système", etc. Le "stigmate de la lâcheté" a dû être répété lors d'une réunion publique à l'été 1853 ; car notre ami zélé, John Redman Coxe, Jr, disait qu'il n'avait pas pu supporter l'accusation, qu'aucun de nous n'avait eu le courage de prendre la salive de la gueule d'un chien enragé, et de l'expérimenter sur lui-même. Coxe rapporta : "Je me suis levé d'un bond et je me suis exclamé : "Apportez-moi le poison et je l'avalerai et je l’expérimenterai sur moi-même et sur toute ma famille, avec quelques amis en plus. Avant que le consul russe ne puisse répondre à sa proposition, "Mais donnez-moi le poison !", il se trouve qu'un autre Philadelphien présent à la réunion déclara : "C'est déjà fait ! Le Dr. C. Hering l'a fait en 1833." Le Dr. Coxe dit alors qu'il verrait le même Dr. Hering demain. Le lendemain, il vint, et, bien sûr, il reçut la boîte entière, avec toutes les triturations et les dynamisations. Et il les a toutes utilisées, et n'a même pas ramené les bouteilles vides. Mais il a fait des provings précieux et dignes de confiance.

En ce qui concerne la publication des rapports d'expérimentation (7), nous n'avons pas pu nous mettre d'accord, car il avait sa propre méthode d'organisation. Le Dr Gardiner Jr. publiait à cette époque un journal à Philadelphie, et il accepta la collection de Coxe, et en publia la première partie ; l'autre moitié il refusa de la publier. Dans l'Encyclopédie [The encyclopedia of pure materia medica, de T.F. Allen], seule cette première moitié a pu être utilisée avec toutes les erreurs qu'elle contenait, et c'est tout ce qui a été présenté au public jusqu'à présent. Nous publions maintenant tous les symptômes sous une forme condensée et comparable, dans l'espoir que le moment viendra où les rapports des provers seront remis à notre école, combinés avec une collection complète de tous les symptômes jamais observés après la morsure d'un chien enragé. Ceux-ci devraient être fournies en relation avec les symptômes des provers.

Notes
1. Hering venant du Surinam arriva en Pennsylvanie en janvier 1833.
2 Pour rappel un grain équivaut dans le système décimal à 0,05 grammes. Toute salive étant par nature une sécrétion animale Hering triture la bave du chien avec du sucre plutôt que de la diluer directement dans de l’alcool, conformément aux recommandations d’Hahnemann (5e Organon, §271)
3 S’agit-il, déjà, de la deuxième femme de Hering, une allemande qu’il épousa la première année de son arrivée en Pennsylvanie, alarmée et peu au fait des travaux de son mari ?
4 voir ici : https://planete-homeopathie.org/hering- ... r-proving/
5 Allentown, petite ville au Nord de Philadelphie hébergea à partir de juin 1836 durant quelques années la première véritable école de médecine homœopathique aux États-Unis.
6 Pour l’anecdote Nenning possède dans l’histoire de l’homéopathie une place originale et controversée :
http://www.homeoint.org/seror/biograph/nenning.htm
7 Cf. Organon §139
yasumina, Terrasienna, louise2 et 3 autres aimais cela

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