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par Athelas
Diplômé PH
#69544
L’ESPRIT DE LA MATIÈRE MÉDICALE HOMŒOPATHIQUE


Quand un allopathe est mis de prime abord en présence de la Matière médicale pure de Hahnemann, il ne peut pas en comprendre l'utilité. Ce n’est certainement pas de la littérature. Elle dit peu de chose, ou même rien sur les maladies que les remèdes guériront, elle n’offre pas de théories scientifiques pour expliquer la manière dont le remède agit ; elle présente simplement au lecteur une liste nue des symptômes. Au point de vue allopathique, elle est à la fois risible et méprisable. Et si le regard du lecteur tombe d’abord sur un de ces symptômes « bizarres » que nous savons être d’une si grande importance pour la prescription, comme le « s’imaginer être fait de verre », de Thuja par exemple, ‒ une explosion de gaieté arrêtera vraisemblablement tout désir ultérieur d’explorer ce nouveau domaine.

Mais considérons de très près ces listes de symptômes de Hahnemann, et voyons si nous pouvons découvrir quelque chose de leur portée essentielle.

En prenant une vue large de l’ensemble, nous trouvons avant tout que les symptômes sont arrangés suivant un ordre défini. Cet ordre est surtout anatomique, et, par ce fait, il devient possible de trouver, pour tous les médicaments, tous les symptômes qui sont en relation avec toutes les parties du corps.

Ces listes de symptômes, comme nous le savons tous, sont les archives des effets des médicaments variés observés chez les personnes qui les ont essayés étant en bonne santé. Mais l’ordre d’après lequel ils sont classés dans la Matière Médicale, n’est pas l’ordre dans lequel ils se présentent chez les expérimentateurs. Ceci a donné naissance à des critiques de la part d’autorités. « Cela n’est pas scientifique » disent-elles. Mais les questions théoriques n’ont rien à faire ici, le seul point que nous ayons à considérer, est celui-ci : les symptômes sont-ils valables pour l’emploi individuel, dans leur capacité individuelle ? Ou, en se servant d’un symptôme, est-il nécessaire d’avoir non seulement le symptôme lui-même, mais encore les autres symptômes de l’expérimentateur, dans la même suite, dans le cas que nous traitons, avant de pouvoir prescrire le remède avec succès. La seule preuve ici est la preuve de la pratique. Cette preuve répond pour Hahnemann, et elle répond pour nous que chaque symptôme individuel a sa valeur physionomique pour l’indication, indépendamment des autres symptômes avec lesquels il s’est trouvé associé chez l’expérimentateur qui l’a noté le premier.

Par conséquent, l’arrangement de Hahnemann, comme la plupart de ses déductions pratiques, est l'arrangement vraiment scientifique.
Maintenant, quel est le résultat de tout ceci ? Ce résultat, quand nous arrivons à le considérer, est de la plus grande importance. Toute la vie, et l’âme de l’Homœopathie y résident. L’esprit de l’homœopathie est la liberté.

Si nous étions enchaînés aux explications « scientifiques » des actions des remèdes, telles qu’on les voit dans les textes allopathiques, si nous étions liés à l’ordre d’apparition des symptômes consignés dans les notes journalières des expérimentateurs, les emplois de notre matière médicale seraient si réduits que notre liberté ne vaudrait pas une minute de recherche. Ainsi, chaque symptôme individuel de notre matière médicale est un coin séparé, frappé à l’effigie propre de la nature et dont la valeur réelle répond toujours à la valeur physionomique.

Nous connaissons tous la différence entre les valeurs de papier et l’argent liquide, et combien il est commode quelquefois de convertir celles-ci en celui-là. Eh ! bien, dans la Matière Médicale de Hahnemann, nous avons les valeurs des remèdes du monde entier converties en argent liquide, avec un avantage de plus, c’est que les fonds ne s’épuisent jamais, quelle que soit la dépense. Au contraire, plus nous dépensons, plus nous possédons.

Prenez une autre .comparaison de la même famille. Vous connaissez ce vieil adage : Corpora non agunt nisi soluta. « Les corps n’agissent qu’en solution ». Ce n’est pas absolument vrai, mais c’est assez vrai pour notre sujet. Considérez la différence entre la glace et l’eau, par exemple. La glace a mille usages, mais nous devons la changer en eau, avant de pouvoir nous en laver les mains, y lancer nos vaisseaux, faire notre thé, ou étancher notre soif. En matière d’utilité et d’adaptabilité comparée avec toutes les autres choses que le monde ait produites en fait de livres de remèdes, la matière médicale homœopathique est comme l’eau comparée à la glace.

Prenons l’exposé d’un remède de Hahnemann, et suivons-le, symptôme par symptôme ; que trouverons- nous ? Ce n’est pas tout à fait un poème épique que nous lisons, mais il y a cependant quelque chose d’épique ; à chacune de ses lignes, chaque symptôme individuel est animé de vie. C’est, en vérité, la réaction de l’organisme humain vivant contre l’assaut du remède supporté volontairement par l’expérimentateur. La matière médicale homœopathique est édifiée en première place des souffrances de Hahnemann et de ses amis, observées de près et consignées. De sorte que l’esprit de la Matière Médicale homœopathique, sous un autre de ses aspects, est l'Esprit de sacrifice de soi, qui est l’esprit de la vie elle-même.

Comme cela est différent de l’esprit de ces matières médicales, de nos jours appelées « scientifiques. Dans celles-ci, nous avons les réactions des remèdes réduites aux relations du nerf pneumogastrique, et, de plus, ayant comme fondation l’expérience sur les animaux.
Vous connaissez l’homme qui approuvait tant une certaine guerre, et était si ardent à son sujet qu’il sacrifiait volontiers chaque goutte du sang des parents de sa femme, plutôt que de voir cesser la guerre. Je me rappelle cet homme quand je pense aux méthodes de recherches adoptées par les pharmacologistes de la vieille école. Ils cherchent leur fin à travers les souffrances de toutes les créatures, sauf eux-mêmes. Et je ne suis pas étonné de la pauvreté des résultats curatifs qu’ils ont à montrer comme fruits de leurs travaux. Hahnemann, d’autre part, conclut comme Pope, que « l’étude propre du genre humain est l’homme », ni le chien, ni le chat, ni la grenouille. Et comme la charité dit-on commence par soi-même, ainsi Hahnemann commença par lui-même. Dans les souffrances et les douleurs de son propre organisme, il épela pour le monde les premiers chapitres du nouveau langage des remèdes.

J’ai noté récemment dans le British Medical Journal, des articles tout à fait pathétiques déplorant la dégénérescence de la médecine clinique et la tyrannie du laboratoire pathologique. On y conseille fortement d’étudier les malades plutôt que les maladies, de restaurer l’acte de la prescription et d’enseigner réellement dans les écoles la pratique de la médecine, plutôt que de la laisser à ces excellents jeunes gens qui voyagent pour Mrs Burroughs et Welcome, et autres maisons commerciales de remèdes. Pour ma part, j’ai une grande estime pour ces mêmes excellents jeunes gens, et, quoique je sympathise pleinement avec le British Medical Journal, dans ses lamentations sur l’art perdu de la prescription dans l’école allopathique, je suis obligé de signaler à ce journal que, jusqu’à ce que l’école qu’il représente veuille apprendre de Hahnemann, et profiter de la liberté qu’il a conquise pour la pratique de la médecine, le praticien sensé fera mieux, pour son instruction clinique, de faire fond sur l’intelligent voyageur que sur son professeur de matière médicale. Car c’est Hahnemann le premier qui nous montre comment étudier nos malades aussi bien que comment étudier les remèdes. C’est très bien au British Medical Journal et à ses amis de recommander l’étude du malade individuel, mais tant qu’ils se refuseront à accepter la seule méthode par laquelle cela peut s’accomplir, il n’y a pas d’espoir pour eux. Ils me rappellent cet homme perdu dans une forêt, absolument incapable d’en sortir. Après avoir erré en rond en essais infructueux, il se retrouve au point de départ, quand un étranger entre en scène. Cet étranger connaît chaque arbre de la forêt, et il offre de conduire l’égaré en plein air. Tous penseraient que Perditus, ‒ pour le nommer ‒ aurait sauté sur la proposition et accepté l’offre avec la plus vive gratitude. Mais pas du tout ! Au contraire, il commence à questionner.
« Êtes-vous un guide autorisé ?, demande-t-il.
‒ Ma propre autorité, répond lgnotus, est ma connaissance du chemin.
‒ Ce chemin est-il aisé ?
‒ Non, il est parfois difficile, mais vous connaissez le vieil adage : Per aspera ad astra.
‒ Mais quel est le nom de ce chemin ?
‒ On l’appelle via homœopathica.
‒ Bonté divine ! réplique-t-il, ne me demandez pas de suivre cette route.
‒ C’est le seul chemin, cependant.
‒ Mais quel est donc votre nom ?
‒ Mon nom est Hahnemann.
‒ Oh ! horreur des horreurs ! sortez de ma vue, et laissez-moi vivre dans la forêt, me nourrir de racines, de noix et de champignons que j’y trouverai, laissez-moi mourir en odeur d’orthodoxie. »

Mais Hahnemann ne l’abandonnera pas malgré cela. Il nous commande, à nous qui avons suivi le chemin après lui, d’aller et de le faire sortir. Que nous ne l’ayons pas encore fait, c’est patent ; mais il est également indéniable que ce soit partie intégrante de notre devoir de le faire. L'homœopathe est destinée à spiritualiser et civiliser la pratique médicale. Que la pratique médicale de la vieille école soit barbare et chaotique à présent, les allopathes eux-mêmes en témoignent. De fait, elle est à toute extrémité et cette extrémité de la médecine aboutit à l’opportunité de la chirurgie. La chirurgie a atteint un degré de perfection qui peut être difficilement dépassé, et le recours rapide à la chirurgie dans les temps modernes est une évidence irréfutable de la faillite de la médecine. C’est un devoir obligatoire pour tous les homœopathes de remédier à cet état de choses. Hahnemann nous a forgé l’instrument : sa matière médicale. Nous ne devons pas l’employer seulement pour nos fins privées sans faire d’efforts pour délivrer avec son aide une partie de territoire du royaume du chaos. Nous ne devons pas entreprendre ceci sans en calculer la dépense. Le prix n’est pas très élevé, c’est vrai, mais il n’est pas très agréable.

Comme l’esprit de la Matière Médicale homœopathique est l’esprit de liberté, comme la liberté n’est gagnée qu’au prix du sacrifice de soi, c’est aussi et seulement de cette manière que cette liberté est maintenue. L'homœopathie demande à ses praticiens une vie de sacrifice.

La chasse pour le similimum est souvent assez stimulante, mais, fréquemment, elle est très ardue, et la rudesse de la route n’est jamais une excuse pour un véritable homœopathe lorsqu’il échoue avant d’arriver au but. Il y a peu de plaisirs dans la vie comparables à celui de l’homœopathe qui voit la maladie s’évanouir sous le remède qu’il a prescrit, peut-être après une recherche prolongée, ardue et soigneuse. Souvent le remède est assez aisé à trouver, mais le véritable homœopathe doit être prêt pour les cas difficiles aussi bien que pour les faciles. S’il est prêt, il doit être de ceux qui savent comment « dédaigner les délices et vivre des jours de labeur », et prendre son plus haut plaisir dans le bien qui en résulte.

Si la pratique de notre art demande le sacrifice de soi, il en est de même pour sa propagation.

Dans un récent numéro du brillant petit journal de nos Confrères Français et Suisses, le Propagateur de l’Homœopathie, se trouve un article émouvant et fécond de ce distingué clinicien, le Dr Favre, de Toulouse ; il a pour titre « Vers la lumière ». Le Dr Favre signale que l'Homœopathie a traversé deux périodes du passé, et est maintenant dans une troisième. La première fut une période de zèle, de persécution, de succès brillant et de rapide augmentation de nombre de médecins homœopathes. La deuxième période produisit beaucoup de grands noms, mais pas d’augmentation matérielle en nombre. La troisième existe seulement depuis quelques années. Elle a été marquée, d’un côté, par un afflux d’hommes médicaux dans nos rangs, et d'un autre côté par un mouvement vers l’homœopathie.

« Nous venons à vous », disait l’autre jour un professeur distingué de la Faculté de Toulouse au Dr Favre, et le Dr Favre répondit qu’il était fier d’en accepter l’augure. Mais il ajoute ces mots de valeur :

« Devons-nous pour cela nous reposer sur nos positions acquises et attendre sans bouger le jour du triomphe ? Non, nous devons travailler, lutter et souffrir encore. Que celui qui ne sait pas souffrir injustement, ne se fasse pas homœopathe. Nous sommes une minorité d’élite, soit ; mais nous sommes encore mal compris, et trop souvent, hélas ! mal appréciés. »

Je désespère de rendre justice au beau style du Dr Favre dans ma simple traduction, mais le sens en est assez clair, et j’espère qu’il sera pris à cœur par tous à ce Congrès Mondial, car c’est un message aux homœopathes à travers le monde.

J’ai connu des homœopathes qui souffraient sous les sarcasmes de leurs relations orthodoxes, et qui laissaient ces sarcasmes modifier leur conduite. Ils ne sont pas dignes de la haute mission qu’ils ont assumée. Je peux comprendre qu’un homme soit humilié de son interprétation de l’homœopathie, de sa propre pratique imparfaite. J’ai souvent senti cela moi-même. Mais je ne peux pas comprendre quelqu’un qui, ayant une fois saisi l’esprit de la grande révélation de Hahnemann puisse jamais être honteux de l’homœopathie, même pour un instant.

Et cependant, il y a des homœopathes qui sont tellement sous la domination de l’orthodoxie établie, qu’ils pensent que c’est une conduite infâme et un manque d’égard pour la profession, de faire savoir au public que l’homœopathie guérit les malades avec plus de succès que la chose appelée médecine orthodoxe.

L’esprit de la Matière Médicale, qui est l’esprit de l'Homœopathie, est l’esprit de liberté, l’esprit de vérité, l’esprit de sacrifice de soi. L’obéissance absolue est le plus petit hommage qu’elle puisse demander. Aucun mal, aucune souffrance ne doit être comptée à son service, ou pour la cause de son avancement. ‒ Si nous ne sommes pas dignes, ‒ si nous manquons du courage des Croisés, abandonnons la tâche de notre mission civilisatrice et spiritualisante aux mains d’autres qui eux sont dignes.

« Que celui qui ne sait pas souffrir injustement ne se fasse pas homœopathe. »

Dr John H. Clarke,
de Londres

Discours donné au 8e Congrès International d'Homœopathie, à Londres en juillet 1911.
https://archive.org/details/le-propagat ... 2/mode/2up

La traduction française a paru dans Le Propagateur de l'Homœopathie volume 7, n°7, du 31 juillet 1911, p.152-160
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