Les modes d’administration du médicament homéopathique

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Les modes d’administration du médicament homéopathique

par Athelas

 

L’odorat illus. Hans Ulrich OSTERWALDER

L’été dernier, sur la page Facebook du site, nous avions donné pour consignes de mettre seulement quelques globules de Psorinum dans l’arrosage des buis malades, victimes de la pyrale du buis [voir ici]. Suite au nombre important de messages reçus et de commentaires de lecteurs incrédules nous demandant si deux globules voulaient dire en réalité deux « doses » complètes, c’est à dire deux tubes entiers, j’avais écrit à l’époque ce court article, présenté ici dans une version légèrement remaniée, qui rappelait le principe de la quantité mimimum et indiquait les différents modes d’administration pour la donner.

En effet, après

  • le remède unique et
  • le remède dynamisé,
  • la quantité minimum [1] est pourtant le troisième pilier essentiel érigé par Samuel Hahnemann pour fonder l’homéopathie, qui est la méthode permettant de mettre en application de manière favorable la loi des semblables.

C’est dire si le formatage effectué depuis des décennies par les laboratoires pharmaceutiques, dont l’influence s’exerce aussi largement dans la formation des médecins et des pharmaciens qui veulent apprendre l’homéopathie, a vidé de sa substance (c’est le comble !) notre belle thérapeutique en généralisant la prescription non désintéressée de doses entières.

 

Après avoir parlé du remède unique [par exemple ici], de la posologie et de la répétition [ici] du remède dynamisé, voyons maintenant comme annoncé une introduction aux différents modes d’administration du médicament homéopathique, c’est à dire les différentes façons de le prendre. Il n’y en a pas qu’une ! Si nos patients se sont maintenant familiarisés, sans doute beaucoup de nos lecteurs connaissent encore mal la prise liquide (globules mis dans de l’eau) et peu d’entre eux ont entendu parler de l’olfaction, qui est l’inhalation du remède contenu (le plus souvent) dans un flacon alcoolisé. Et pourtant ces procédés sont tout aussi efficaces que la prise sèche (directement dans la bouche), et même plus encore.

Dans la sixième et dernière édition de l’Organon HAHNEMANN fait la synthèse de ses vingt dernières années de sa vie passées à expérimenter pour découvrir « la meilleure façon possible d’administrer les doses de médicaments aux patients ».

 

Organon § 284

Outre les muqueuses :
— de la langue,
— de la bouche et
— de l’estomac,

qui constituent les surfaces d’absorption les plus habituelles du médicament,

— celles des voies respiratoires supérieures, c’est à dire du nez et du pharynx, et
— celles des voies respiratoires inférieures

sont aussi très sensibles à l’action des exhalaisons des remèdes à l’état liquide, s’ils sont administrés par inhalations nasales ou buccales.

Cependant,

— toute la surface cutanée de notre corps revêtue de son épiderme intact est apte à ressentir l’action des médicaments en dissolution, surtout si une friction médicamenteuse est faite simultanément avec l’absorption du même remède pris par voie interne. [trad. Edouard BROUSSALIAN]

 

Maine Historical Society, www.MaineMemory.net item 28980

Pourquoi plusieurs façons ? Essentiellement afin que dans chaque cas individuel à traiter il ne puisse résulter de l’administration qu’une perturbation la plus légère possible [1]. Il n’y a aucun intérêt en effet à déclencher une réaction d’aggravation similaire chez un patient hypersensible en lui donnant une quantité de médication trop importante.

Or la solution médicamenteuse et l’olfaction vont permettre précisément d’ajuster la dose à la sensibilité individuelle du patient.  En 1837 HAHNEMANN écrit :  » Néanmoins, l’incroyable diversité de sensibilités des patients, de leur âge, de leur développement physique et spirituel, de leur pouvoir vital et spécialement de la nature de leurs maladies nécessitent une grande variété de traitements ainsi que des modes pour les administrer.  » [2]

Comment évalue-t’on la sensibilité d’un patient ? En prenant en compte, comme l’indique Hahnemann, son âge, sa constitution, son tempérament, la nature de ses maladies (miasmes), son niveau d’énergie (« réserve » en force vitale), son aptitude à réagir d’une manière générale (par exemple aux stimuli physiques du milieu ambiant, en présence de situations perturbantes génératrices d’émotions), etc. Enfin, en l’interrogeant sur les réactions qu’il aura eues à la suite des traitements homéopathiques précédents (et même allopathiques).

Chaque moyen a ses intérêts (par exemple les voies d’introduction sont différentes : muqueuse buccale, voies respiratoires, peau) et surtout ses indications que nous allons évoquer, et c’est au médecin homéopathe de déterminer lequel il convient d’utiliser dans chaque cas individuel.

 

Les médecins au début du dix-neuvième siècle qui s’approprièrent le paradigme homéopathique, alors que la jeune médecine vitaliste en plein essor était à la veille de nouvelles découvertes, eurent profondément le désir d’expérimenter pour avancer dans la connaissance d’interférer avec l’influence qui régit les mécanismes du vivant, grâce aux remèdes dynamisés. Les directives de Hahnemann qui évoluaient au fur et à mesure des éditions successives de l’Organon leur servaient de points de repère pour soigner des populations diverses confrontées à de maladies en tous genres, et notamment des maladies infectieuses graves qui affectent fortement la force vitale. Il est probable que bien des méthodes pratiques et techniques ingénieuses dans la manière de préparer et d’administrer les remèdes, issues de leurs recherches, aient été perdues avec la disparition de ces praticiens expérimentés au moment de l’avènement de la médecine chimique de masse début XXe siècle. Voici une raison supplémentaire pour lire les livres et les revues homéopathiques de leur époque pour connaître ce qui peut encore l’être et nous en inspirer. Il s’agit de notre héritage, qui contient les fondations saines et éprouvées de la maison homéopathie.

 

Constantine HERNG 1800-1880

Voici comment procédait le grand Hering, « le père de l’homéopathie américaine », qui consacre quelques lignes à ce sujet dans son manuel pratique « The homœopathist, or domestic physician » [3]. Elles attestent aussi de l’importance accordée à la quantité donnée, quelle que soit le mode d’administration, et donneront par la même occasion un aperçu historique de la richesse de l’homéopathie. Les indications de Hering sont logiques, précises, encore faut-il y penser au moment de prescrire.

 

On estime qu’Hering soignait cinquante mille patients par an, aidé dans la tâche par les étudiants du premier collège homéopathique américain qu’il fonda. Certains biographes racontent, peut-être de façon romancée, qu’il écrivit ce guide, paru pour la première fois en 1835, à destination des habitants de Paramaribo, au Suriname actuel, qu’il avait dû quitter pour rejoindre la Pennsylvanie aux Etats-Unis. Un de ses élèves et ami aux prises avec une épidémie de choléra asiatique l’avaient appelé à venir le rejoindre là-bas. Son livre devint en tout cas le livre de chevet de générations de jeunes praticiens [4].

 

De la manière d’employer les médicaments [5]

« Les médicaments homéopathiques s’emploient de différentes manières :

1° en olfaction ; 2°en prenant un ou deux globules ; 3° en solution dans l’eau. [6]

En olfaction, lorsque les souffrances sont très violentes, sans cependant offrir le moindre danger, comme dans les maux de tête, de dents, dans les maux de ventre et les affections de poitrine [toux, enrouement], chez les petits enfants, et toutes les personnes qui sont facilement affectées par l’action des médicaments. Dans ces divers cas, on se contente de faire flairer le bouchon du flacon débouché renfermant le remède approprié. (…) Chez les enfants, on choisit le temps du sommeil [7]. Une ou deux inhalations du bouchon sont suffisantes. (…)

En globules dans toutes les maladies de longue durée chez les individus forts, dans les cas où les souffrances ne sont pas trop aiguës, dans les accidents occasionnés par des chutes, dans les dérangements d’estomac, accompagnés de vomissements fréquents ou violents, et dans la plupart des autres cas courants. Dans ces diverses circonstances, on administre un ou deux petits globules médicamenteux à l’état sec. Pour cela, on fait tomber du flacon où ils sont contenus un ou deux globules ; reçus dans le creux de la main, le malade les ramasse avec la langue, ou bien encore on les met dans une cuiller bien nette et bien sèche, et on les fait tomber dans la bouche du patient ;

En solution, dans tous les cas dangereux, dans les maladies chroniques, lorsque beaucoup de médicaments ont déjà été pris, et que l’état s’est aggravé, et dans tous les cas, quand ni l’olfaction ni les globules secs n’auront été bénéfiques. (…) Après avoir mis deux ou trois globules dans un verre, on le remplit d’eau puis on verse alors l’eau du verre dans un second verre, puis de nouveau dans le premier, et encore quatre à cinq fois d’affilée. Ainsi le médicament se mélange correctement avec l’eau. Dans le cas où il n’y aurait qu’un verre propre, on doit remuer l’eau en faisant tournoyer dix à douze fois une cuiller propre. On donnera à un adulte une cuiller à soupe, une cuiller à café si l’on a affaire à des enfants [8]. Ou ils pourront boire une gorgée du verre. »

 

Nulle part il n’est question, quelle que soit la méthode employée, de donner une quantité importante de médicament, encore moins des doses sèches entières. D’ailleurs Hering dit bien que donner les granules secs peut être mal supporté (!) et que cette option doit être réservée à des indications précises, notamment aux « individus forts », c’est à dire ceux qui bénéficient d’une bonne constitution physique, et à ceux qui ont une force vitale non affaiblie par des traitements allopathiques prolongés et éprouvants.

Les modalités données par Hering ne sont pas exhaustives. Ayez bien à l’esprit que l’olfaction constitue aussi la voie la plus sûre pour administrer la plus petite quantité dans la plus haute dynamisation :

  • d’un remède possédant une forte homéopathicité (c’est à dire s’adaptant parfaitement au cas) : par exemple en ouverture d’un cas chronique sans lésion structurelle/organique importante , et notamment quand il y a une forte composante émotionnelle (certaines structures du cerveau classiquement regroupées sous l’appellation « système limbique » qui sont en rapport avec le traitement des émotions, sont aussi impliquées dans l’apprentissage de la mémoire et le système olfactif, tout est lié une fois de plus).
  • d’un nosode ou d’un anti-miasmatique : par exemple dans les cas où une activité miasmatique importante réprime la capacité de la force vitale à exprimer un tableau homéopathique clair.

 

Tout ceci s’enseigne, et il faut l’étudier correctement avant de le pratiquer. Notre objectif était de présenter au public les manières distinctes de prendre un traitement homéopathique et de le sensibiliser à la notion de quantité. L’homéopathie n’est pas l’addition simpliste d’un tube (voire plusieurs malheureusement) de granules et d’une prescription immuable de 3 ou 5 granules à placer régulièrement sous la langue, quels que soient le patient et sa maladie à traiter.

 

 

1. cf. HAHNEMANN, Organon 6ème édition §275-279

Le lecteur devra bien comprendre que nous ne donnons pas la quantité minimum pour le plaisir de donner la quantité minimum. Hahnemann écrit, en référence à l’idéal thérapeutique du paragraphe 2 de l’Organon, que la réaction thérapeutique doit être « douce », sans provoquer des « effets désagréables importants ». Mais l’objectif reste de provoquer une réaction apte à faire progresser le cas. Il faut également se dire que la quantité donnée doit être augmentée quand elle ne suffit plus à maintenir une progression idéale vers la guérison.

2. L’historique du développement et du perfectionnement continu de l’homéopathie par HAHNEMANN est magnifiquement expliqué dans une série d’articles écrits par David LITTLE :

3. https://archive.org/details/9604401.nlm.nih.gov

Il y eut de très nombreuses rééditions en plusieurs langues avec des tas d’ajouts de plus en plus douteux par les traducteurs, à tel point que les versions françaises, par exemple, n’ont rapidement plus rien à voir avec le texte original d’Hering. Je vous les déconseille.

4. « Dr Hering’s guide we have always considered the best and most original of the domestic works » (British Quarterly Journal of Homœopathy), citation extraite du « Critical Dictionary of English Literature» qui annonce dans son volume 1 daté de 1859 que 50 000 copies du guide étaient déjà en circulation, toutes éditions confondues, ce qui n’est pas rien !

https://books.google.fr/books?id=Ddj6hE2m_egC&pg=PA832#v=onepage&q&f=false

5. Traduction française révisée par mes soins, à partir de celle de Léon Marchant, 1850, qui prend déjà quelques libertés par rapport aux quantités recommandées par Hering (naturellement il les augmente puisque cela heurte l’esprit humain de donner si peu).

https://archive.org/details/mdecinehomoeopa03herigoog, voir en pages 8-10

Je n’ai pas pu malgré tous mes efforts mettre la main sur la première édition française de Marchant parue en 1848.

6. Comme on l’a vu avec HAHNEMANN le remède peut aussi être frictionné sur la peau à partir de la solution dans certaines circonstances. Dernière chose, HAHNEMANN insistait aussi pour que chez les bébés nourris au sein, ce soit la mère (ou autrefois une nourrice) qui le prenne puis le transmette à l’enfant via le lait maternel.

7. Si Hering semble particulièrement utiliser et apprécier l’olfaction, il fait peu de cas de l’effet placebo éventuellement lié à l’acte d’olfacter (voire lié au geste en lui-même), puisqu’il fait inhaler à l’enfant durant son sommeil les vapeurs du flacon alcoolisé contenant le remède.  🙂 Hahnemann ne craint pas de dire dans le §288 du cinquième Organon que cette méthode donne la certitude de produire un effet.

8. Et certainement encore moins de nos jours avec la diminution du niveau de santé des populations.

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